Les Capricieuses, 1854
Les rubans de marie
A Mademoiselle E. G.
I Innocence
Elle dort. Une lampe‖ éclaire son visage ;Son front n’est obscurci‖ par aucun noir nuage :Rien ne trouble sa paix — ni sa sérénité.Elle a prié ce soir,‖ et, maintenant, son rêve,De ses travaux du jour‖ douce et paisible trêve,Emporte son esprit‖ vers un monde enchanté.
Du Dieu qu’elle a prié‖ son regard voit la face.Parmi lès saints esprits‖ il lui montre sa place ;Elle court dans des champs‖ semés d’or et d’azurCes spacieux jardins‖ aux fleurs toujours nouvellesQui répandent au sein‖ des sphères éternelles,Comme pour louer Dieu,‖ leur parfum le plus pur.
Son oreille attentive‖ écoute l’harmonieEt recueille les sons‖ de la harpe, bénieQui vibre sous les doigts‖ de mille séraphins.A ce concert sacré,‖ sa voix douce et craintiveSe mêle avec transport,‖ et sa prière arriveA Dieu, sur l’aile d’or‖ des cantiques divins.
Rêve heureux ! et qui naît‖ de sa jeune ignorance !Rêve qui, chaque nuit,‖ s’achève et recommence,Oh ! tu n’es point de ceux‖ qui viennent abuser.L’âme que tu ravis,‖ est comme un lac tranquille :Nul remords ne la trouble,‖ et tu la vois, docile,S’endormir, s’éveiller‖ au bruit d’un doux baiser.
Un baiser de sa mère !‖ Oh ! c’est tout ce qu’elle aime !Pour elle, sa tendresse‖ est divine et suprême !— Son père, hélas ! son père‖ est mort depuis longtemps.Depuis, tout son amour‖ s’est porté sur sa mère :Pour elle ses baisers,‖ pour elle sa prière ;Pour elle, doux trésors !‖ les fleurs de son printemps.
Dans ses cheveux, elle a‖ pour unique parureUn simple ruban blanc,‖ dont le pli s’aventureSur son sein, où la soie‖ et l’or sont inconnus ;Un ruban seulement‖ et sa robe d’indienne,Qui, de tant de beautés‖ modeste gardienne,Ne laisse contempler‖ que ses bras demi-nus.
Auprès de la fenêtre,‖ un oiseau dans sa cage,Par ses chants de bonheur‖ anime son ouvrage ;L’aiguille diligente‖ éloigne tout souciDe son seuil, où le pauvre,‖ en recevant l’aumône,Fait qu’une perle encor‖ s’ajoute à la couronneQue Dieu garde à cet ange,‖ auquel il dit : merci !
Elle est heureuse ainsi ;‖ qui peut troubler cet être ?Elle marche au milieu‖ du monde, sans connaîtreCe qu’il a de méchant,‖ d’égoïste et de froid.Les cailloux du chemin‖ pour elle sont de sable ;Sa candeur la défend ;‖ la foule impitoyableS’écarte avec respect‖ sitôt qu’elle la voit.
Son travail la nourrit.‖ — Elle est pauvre. — Sa mèreNe peut plus travailler :‖ dans une épreuve amèreLe Seigneur fit tomber‖ ses membres engourdis.Elle travaille et chante.‖ — Oh ! va, Dieu te regarde,Pauvre enfant ! et les chants‖ ont fait de ta mansardeUn nid joyeux et saint,‖ un nouveau paradis.
Ton cœur ignore encor‖ ce mal qui nous dévore,Ce mal qu’on nomme amour,‖ et que chacun adore.Si ton front est rêveur,‖ certes, ce n’est pas luiQui trouble tes instants‖ et cause tes alarmes ;A tes yeux si l’on voit‖ se balancer deux larmes,C’est que la mère, hélas !‖ a souffert aujourd’hui.
Non, non ; tu ne connais‖ ni ses douleurs aiguës,Ni ses nombreux accès‖ de fièvres inconnues,Ni son espoir d’un jour,‖ qu’un autre jour détruit.Non ; ton sommeil est calme‖ et ton âme est sereine,Par souffles mesurés‖ s’échappe ton haleine.Non ; — tu chantes le jour‖ et tu rêves la nuit.
L’amour ? Et que t’importe‖ à toi l’amour, pauvre ange ?Ton cœur en possède un,‖ un qui jamais ne change,Un amour que du ciel‖ Dieu bénit chaque jour ;Tu le connais, enfant,‖ car lui seul fait ta joie ;Sur un être adoré‖ tout ton cœur le déploie :N’est-ce pas que ta mère‖ est ton unique amour ?
De ton ruban chéri‖ la couleur virginaleNous le dit à chacun.‖ — Oh ! l’aube matinaleA moins de pureté,‖ moins de calme profondQue tes jours écoulés‖ dans cette paix obscure,Et par ton ruban blanc,‖ angélique parure,L’image de ton cœur‖ se reflète à ton front.
Je vous l’ai déjà dit :‖ sur sa chaise de paille,Libre, dès le matin,‖ elle chante et travaille.Ses sens dorment encor ;‖ les vives passionsAu cœur de cette enfant‖ sont loin d’être germées.Sa joie est dans sa mère,‖ et ses fleurs bien aimées,Dans son beau ruban blanc‖ et ses jeunes chansons.
II Amour
Ton front est inquiet,‖ Ô Marie ! et ta mèreNe t’a pas entendu‖ répéter la prièreQu’ensemble, à ton chevet,‖ vous faisiez le matin.Bien des fois de tes doigts‖ ton aiguille est tombée ;Vis-à-vis ton regard‖ erre à la dérobée,Et ton oiseau tout seul‖ a chanté son refrain.
Qu’as-tu ? quelle langueur‖ décolore ta joueEt quel esprit malin‖ de ton repos se joue ?…Hier encor tu riais,‖ libre comme à seize ans ;Mais ta mère va mieux,‖ tu dois être joyeuse.Es-tu malade ?… Non !‖ — Ma jeune soucieuse,Pourquoi ce front rêveur‖ et ces yeux languissants ?
D’où naît ce changement ?‖ Regarde en ta demeure :Gaie et contente hier,‖ maintenant tout y pleure.Pourquoi, mon Dieu, pourquoi‖ ce subit abandon ?Tu rougis !… ma question‖ te trouble et t’embarrasse.Tu te sens donc coupable ?‖ Oh ! réponds-nous, de grâceToujours le repentir‖ amène le pardon !
Tout auprès, vis-à-vis,‖ dans une chambre étroiteQue l’été rend brûlante‖ et l’hiver toute moiteD’humidité, depuis‖ quinze jours environHabitait un jeune homme ;‖ orphelin dès l’enfance,Il n’avait pas connu‖ sa mère ; à sa naissance,Le signe du mépris‖ avait meurtri son front !
Un soir, de bonnes gens‖ avaient sur une pierreAmassé cet enfant‖ qui pleurait ; car sa mère,Qu’on ne revit jamais,‖ l’avait abandonné.Ils en eurent pitié ;‖ ses pleurs les attendrirent.Ce que n’avait point fait‖ une mère, ils le firent :Ils donnèrent leur pain‖ à l’enfant nouveau-né.
Plus tard, lorsqu’il grandit,‖ il dut gagner sa vie.Bien des fois il jetait‖ un long regard d’envieSur les autres enfants‖ dont il voyait les jeux.Oh ! qu’il aurait aimé‖ leur troupe fortunée !Mais, l’ouvrage était là,‖ son pain de la journée,Et l’enfant retournait‖ au chantier, soucieux.
— Toujours seul ! disait-il,‖ jamais une voix douce ;Celui que je voudrais‖ pour ami me repousse,Et je vais dévorer‖ mes larmes à l’écart.Je n’ai pas demandé‖ pourtant, Seigneur, à naître
N’aurais-tu pas mieux fait‖ de dérober à l’êtreLe pauvre paria‖ qu’on appelle bâtard !…Louis — c’était son nom —‖ voyait passer Marie ;Il l’attendait le soir.‖ C’était là de sa vieLe seul bonheur, hélas !‖ — Marie, en souriant,Lui donnait un bonsoir,‖ lorsqu’elle entrait chez elle,Et lui la contemplait :‖ il la trouvait si belle,Qu’il n’osait lui parler‖ dans son ravissement !
Mais il était toujours‖ placé sur son passage.Un regard bienveillant‖ lui donnait du courage.— Si tu voulais m’aimer,‖ ange murmurait-il,Mais si bas, que lui seul‖ l’entendait dans son âme ;Si tu voulais m’aimer,‖ de celte foule infâmeJe braverais l’affront !‖ — Comme la fleur d’avril
Dégage doucement‖ l’écorce de sa tigeEt vient ouvrir son sein‖ à l’oiseau qui voltige ;Comme elle, douce enfant,‖ je l’ouvrirais mon cœur,Fermé jusqu’aujourd’hui.‖ — De ton amour la forceSaurait briser, crois-moi,‖ sa grossière écorceEt serait le soleil‖ qui fait naître la fleur !
Un jour, elle venait‖ de rapporter l’ouvrage ;Marie, en regardant,‖ aperçut dans la cageUn nouveau compagnon‖ pour son oiseau chéri.Deux ou trois jours avant,‖ elle en fit la demande ;Elle crut deviner‖ de qui venait l’offrande.Car cet oiseau portait‖ son ruban favori.
— C’est toi, mère ! dit-elle.‖ Oh ! je te remercie.— Je ne te comprends pas !‖ Que me dis-tu, Marie ?Dit la mère étonnée.‖ Hélas ! depuis un mois,Je n’ai pas, tu le sais,‖ descendu dans la rue.L’oiseau vient du voisin.‖ — Ah ! fit Marie émue,C’est le sien, car la cage‖ est vide, lu le vois.
Le soir, lorsque Louis‖ eut fini sa journée,Marie, en rougissant‖ (elle en fut étonnée),Alla remercier‖ son généreux voisin.L’ouvrier, en l’écoutant,‖ avait comme la fièvre.Un mot : Oh ! je vous aime…‖ ! échappa de sa lèvre,Qui de la pauvre enfant‖ vint effleurer la main.
Elle rêva la nuit !‖… Mais non plus ce beau songeDans lequel, chaque soir,‖ le cœur en paix se plonge,Car elle ne vit point‖ le paradis et Dieu !Cet aveu de Louis,‖ le songe le répète :Rêveuse le matin,‖ elle mit sur sa tète,Au lieu du ruban blanc,‖ un autre ruban bleu !
III Espérance
— Un mois s’est écoulé‖ depuis que, dans son âme,Marie avait senti‖ brûler une autre flammeEt naître un autre amour‖ qu’elle ignorait alors ;Elle avait, à son tour,‖ dit à Louis : Je t’aime !Oh ! qu’il était heureux !‖ Pour cet aveu suprême,Il n’aurait pas voulu‖ les plus riches trésors.
Chaque jour apportait‖ des moments pleins de charmes,Car leur amour encore‖ ignorait les alarmes ;Ils s’enivraient ensemble‖ à leur félicité.Le présent était tout.‖ L’avenir, chose obscure,Ne venait point troubler‖ leur félicité pure,Car ils n’y songeaient point‖ dans leur tranquillité.
Peut-être ignorez-vous,‖ ma charmante Lectrice(Je ne vous blâme pas‖ et je vous rends justice ;Votre cœur est trop pur‖) ; peut-être ignorez-vousTous ces mille tourments‖ que l’amour fait d’une ombre,Ces boutades et puis‖ tous ces accords sans nombreQue suscite l’amour‖ pour peu qu’on soit jaloux.
C’était ainsi chez eux ;‖ d’accord, brouillés encore ;Et plus on est brouillé,‖ mieux après on s’adore :C’est la règle en amour,‖ point d’uniformité ;Un plaisir qu’on acquiert‖ sans désirs est bien fade.Mais je vous vois rougir‖ de ma sotte incartade ;Veuillez me pardonner‖ cette immoralité…
L’ivresse de Louis‖ ne peut pas se décrire.Il avait ignoré‖ jusqu’alors qu’un sourire,Un mot, un seul regard,‖ c’était là du bonheur.— Oh ! merci ! disait-il,‖ merci pour ta tendresseCar elle a de mon cœur‖ dissipé la tristesseEt le nuage obscur‖ qui pesait sur mon cœur.
Au seul bruit de ta voix,‖ j’ai senti fuir le doute,Et, prêt à succomber, j’ai poursuivi ma route ;Car, seul, abandonné,‖ moi je voulais mourir.Chacun me repoussait ;‖ maintenant je veux vivre.Tu m’aimes ! n’est-ce pas ?‖ Oh ! ton amour m’enivre ;J’ai vécu de douleur,‖ je mourrai de plaisir !….
En écoutant ces mots,‖ Marie était heureuse.Ils se voyaient une heure,‖ heure délicieuse.La mère ne prenait‖ point garde à cet amour.Vous savez… la vieillesse‖ est toujours confiante ;Et puis, ils parlaient d’elle,‖ et leur flamme innocenteLui promettait aussi‖ bien du bonheur un jour.
— Louis, tu l’aimeras ?‖ disait alors Marie.— Je n’ai jamais connu‖ de mère dans ma vie :Elle m’en tiendra lieu…‖ Tu vois je l’aimerai.— Nous aurons bien soin d’elle.‖ Oh ! c’est qu’elle est si bonne !Nous n’aurons pas besoin,‖ pour vivre, de personne :Toi, tu travailleras ;‖ moi, je la soignerai.
Hélas ! un jour, Louis‖ rentra triste ; — des larmesS’échappaient de ses yeux.‖ — Quelles sont tes alarmes ?Dit Marie effrayée.‖ — Il faut partir demain !Répondit le jeune homme —‖ Eh ! pourquoi donc ? — L’arméeMe réclame. — Soldat !‖ fit Marie accablée….Et son front abattu‖ s’inclina sur sa main.
Il partit… Et Marie,‖ en comptant les journéesAttendait son retour.‖ Il fallait sept annéesAvant qu’il ne revînt‖ au pays. C’était long !Et nous vivions alors‖ dans ces jours où la guerreDu bruit de ses canons‖ épouvantait la terre,Où les rois pâlissaient‖ devant Napoléon.
Elle attendait toujours‖ et prenait du courage ;Un bruit dans l’escalier‖ suspendait son ouvrage,Elle y courait alors.‖ — Mon Dieu ! ce n’est pas lui !Disait, en remontant,‖ la pauvre jeune fille.Puis elle murmurait,‖en reprenant l’aiguille : —Je crois que cela fait‖ juste un an aujourd’hui.
Elle continuait :‖ — Je veux être jolie,Je veux qu’à son retour‖ il me trouve embellie.Si Louis aujourd’hui,‖ mon Dieu, pouvait me voirComme il serait content !‖ Je suis encor plus belleChaque minute, aussi,‖ toujours la trouvait-elleConsultant le reflet‖ de son petit miroir.
Il sera général‖ à son retour, peut-être !Disait la pauvre enfant‖ courant à la fenêtre,En écoutant un bruit‖ qu’on entendait dehors.Il sera général !‖ Comme je serai fière !Elle attendait toujours‖ sans savoir, pauvre ouvrière,Que la gloire souvent‖ n’escorte que les morts.
Enfin, elle attendait,‖ tantôt triste ou joyeuse,Gaie ou sombre aujourd’hui,‖ demain triste ou rieuse.Le seuil de sa mansarde‖ était toujours ouvert,Comme on fait pour quelqu’un‖ qu’on attend à toute heure »Ses yeux semblaient chercher‖ l’absent clans sa demeure,Et dans ses cheveux blonds‖ brillait un ruban vert.
IV Deuil
Le clairon a sonné…‖ tout s’émeut et tout tremble.On dirait un seul homme‖ à voir tout cet ensembleDe mille bataillons‖ marchant à rangs serrés…Le silence est partout.‖ L’heure d’une batailleRépand un morne effroi.‖ Mais bientôt la mitrailleDissipe la terreur‖ de ces fronts assurés.
Ils vaincront ou mourront !‖ En avant !… La victoireLeur est promise à tous.‖ Ils couvriront de gloireEt d’immortalité‖ leurs drapeaux triomphants.D’où leur vient donc ainsi‖ celte noble assurance ?Qui les guide ? Un génie‖ a fait, par sa présence,Passer d’un seul coup d’œil‖ la victoire en leurs rangs.
Un seul coup d’œil, un geste,‖ un signe, une parole,Celle qui fit franchir‖ d’un bond le pont d’Arcole ;Car ce génie était‖ le vainqueur d’Austerlitz !C’était Napoléon !‖ qui, ravageant la terre,Dans ses vastes desseins‖ avait rêvé de faireDes couronnes des rois‖ des jouets pour son fils.
En avant ! en avant !‖ la fanfare résonne.Par cent bouches d’airain‖ la mort s’élance et tonne,Et le champ de bataille‖ est jonché de mourants.En avant ! vieux soldat,‖ quelles sont donc tes craintes ?N’entends-tu pas ces cris‖ de victoire et de plaintes,Cet horrible concert‖ que font des combattants ?
Napoléon est là ;‖ son regard, regard d’aigle,Mesure tous les plans ;‖ il court, il vient, il règleLes chances du succès.‖ Il a vu ta valeur,Il te fait signe ; approche !‖ et que ton front s’incline.Pour payer ton courage,‖ il va, sur la poitrine,Faire luire, soldat,‖ l’étoile de l’honneur.
Va te faire tuer,‖ maintenant, que t’importe !Tu jetteras encor,‖ d’une voix assez forte,Un cri d’enthousiasme,‖ et vive l’Empereur !Mais les rangs ennemis‖ faiblissent et s’affaissent ;Leurs derniers bataillons‖ devant vous disparaissent ;Napoléon encor‖ se promène vainqueur !
Mais que de morts, mon Dieu !‖ dorment dans la poussièreQui pourrait les compter ?‖ Leurs corps couvrent la terre ;A l’appel du clairon‖ ils ne répondront plus.Un lourd sommeil de plomb‖ pèse sur leur paupière ;Ils ne reverront plus‖ leurs parents, leur chaumièreOù depuis si longtemps‖ ils étaient attendus !…
Retournons maintenant‖ à la pauvre Marie.Que fait-elle ? Elle attend,‖ elle croit, elle prie.Un noir pressentiment‖ attriste son amour ;— Oh ! s’il était tué !‖ — se disait-elle émue.Un jour, elle descend,‖ en courant, dans la rue :Elle avait entendu‖ comme un bruit de tambour.
Un régiment passait.‖ — C’est le sien !… cria-t-elle. —Il revient donc, enfin !‖ Et puis elle chancelle,Car Louis n’était pas‖ parmi tous ces soldats.Elle s’informe, alors,‖ elle demande et pleure.— Avez-vous vu Louis ?‖ Pourquoi donc à cette heureN’est-il pas avec vous ? — On ne répondait pas.
— Parlez, dites un mot ;‖ j’étais sa sœur chérie,Sa compagne, son bien,‖ le bonheur de sa vie.Vous voulez m’effrayer,‖ Messieurs, vous avez tortTenez, je ris ; parlez,‖ déjà l’heure s’écoule ;Pourquoi retardez-vous‖ mon bonheur ? — De la fouleUne voix s’échappa,‖ disant : — Louis est mort !…
— Mort ! !… — Ce cri de l’enfant‖ fut la seule parole,Et puis elle tomba‖ pour se relever folle.Lorsque de sa mansarde‖ elle prit le chemin,Ses yeux étaient hagards ;‖ pas une plainte amèreNe sortait de sa bouche ;‖ elle embrassa sa mèreQui, quelques jours après,‖ expirait de chagrin !
Oh ! comme tout était‖ changé dans la mansarde !Plus de chant, plus d’ouvrage,‖ et la lueur blafardeD’une lampe éclairait‖ tout ce morne abandon.Les voisins, par pitié,‖ secouraient la misèreDe Marie, accroupie‖ au foyer solitaire,Et qui semblait n’avoir‖ retenu qu’un seul nom.
La nuit, on l’entendait‖ parfois à sa fenêtrePousser un long éclat‖ de rire. — Il va paraître !Criait-elle aux passants…‖ Il revient aujourd’hui !…Parfois, elle arrêtait‖ un soldat au passage ;Elle le regardait‖ en dessous du visage,Puis, le laissait aller,‖ disant : — Ce n’est pas lui.
Elle avait enlevé,‖ dans un moment lucide,Son ruban vert, hélas !‖ de tant de pleurs humideA quoi bon désormais‖ l’emblème de l’espoir !Seulement et parfois,‖ aux jeunes amoureuses,De leur bonheur présent‖ si fières, si joyeuses,Elle montrait un ruban noir ! ! !
Pau (Basses-Pyrénées), septembre 1832.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 56[aa] 56[abba]
- Mètre
- Alexandrins surtout (335 de 12, 1 de 8)· profil 6+6, (8)
- Mots à la rime
- a visage / nuage féminine, classiquea sérénité / enchanté masculine, classiqueb rêve / trêve féminine, classiquea face / place féminine, classiquea d’azur / pur masculine, classiqueb nouvelles / éternelles féminine, classiquea l’harmonie / bénie féminine, classiquea séraphins / divins masculine, classiqueb craintive / arrive féminine, classiquea ignorance / recommence féminine, classiquea abuser / baiser masculine, classiqueb tranquille / docile féminine, classiquea aime / suprême féminine, classiquea longtemps / printemps masculine, classiqueb mère / prière féminine, classiquea parure / s’aventure féminine, classiquea inconnus / demi-nus masculine, classiqueb d’indienne / gardienne féminine, classiquea cage / ouvrage féminine, classiquea souci / merci masculine, classiqueb l’aumône / couronne féminine, classiquea être / connaître féminine, équivalentea froid / voit masculine, classiqueb sable / impitoyable féminine, classiquea mère / amère féminine, classiquea engourdis / paradis masculine, classiqueb regarde / mansarde féminine, classiquea dévore / adore féminine, classiquea lui / aujourd’hui masculine, classiqueb alarmes / larmes féminine, classiquea aiguës / inconnues féminine, classiquea détruit / nuit masculine, classiqueb sereine / haleine féminine, classiquea ange / change féminine, classiquea jour / amour masculine, classiqueb joie / déploie féminine, classiquea virginale / matinale féminine, classiquea profond / front masculine, classiqueb obscure / parure féminine, classiquea paille / travaille féminine, classiquea passions / chansons masculine, classiqueb germées / aimées féminine, classiquea matin / refrain masculine, classiqueb tombée / dérobée féminine, classiquea joue féminine, classiquea ans / languissants masculine, classiqueb joyeuse / soucieuse féminine, classiquea demeure / pleure féminine, classiquea abandon / pardon masculine, classiqueb t’embarrasse / grâce féminine, classiquea étroite / moite féminine, classiquea environ / front masculine, classiqueb l’enfance / naissance féminine, non classiquea pierre / mère féminine, classiquea abandonné / nouveau-né masculine, classiqueb attendrirent / firent féminine, classiquea vie / d’envie féminine, classiquea jeux / soucieux masculine, classiqueb fortunée / journée féminine, classiquea douce / repousse féminine, classiquea l’écart / bâtard masculine, classiqueb naître / l’être féminine, classiquea Marie / vie féminine, classiquea souriant / ravissement masculine, classiqueb elle / belle féminine, classiquea passage / courage féminine, classiquea murmurait-il / d’avril masculine, classiqueb âme / infâme féminine, classiquea tige / voltige féminine, classiquea cœur / fleur masculine, classiqueb force / écorce féminine, classiquea l’ouvrage / cage féminine, classiquea chéri / favori masculine, classiqueb demande / l’offrande féminine, classiquea remercie / Marie féminine, classiquea mois / vois masculine, classiqueb rue / émue féminine, classiquea journée / étonnée féminine, classiquea voisin / main masculine, classiqueb fièvre / lèvre féminine, classiquea songe / plonge féminine, classiquea Dieu / bleu masculine, classiqueb répète / tète féminine, classiquea âme / flamme féminine, classiquea alors / trésors masculine, classiqueb t’aime / suprême féminine, classiquea charmes / alarmes féminine, classiquea félicité / tranquillité masculine, classiqueb obscure / pure féminine, classiquea Lectrice / justice féminine, classiquea ignorez-vous / jaloux masculine, classiqueb ombre / nombre féminine, classiquea encore / s’adore féminine, classiquea d’uniformité / immoralité masculine, classiqueb fade / incartade féminine, classiquea décrire / sourire féminine, classiquea bonheur / cœur masculine, classiqueb tendresse / tristesse féminine, classiquea doute / route féminine, classiquea mourir / plaisir masculine, classiqueb vivre / m’enivre féminine, classiquea heureuse / délicieuse féminine, classiquea amour / jour masculine, classiqueb confiante / innocente féminine, classiquea l’aimerai / soignerai masculine, classiqueb bonne / personne féminine, classiquea larmes / alarmes féminine, classiquea demain / main masculine, classiqueb L’armée / accablée féminine, classiquea journées / années féminine, classiquea long / Napoléon masculine, classiqueb guerre / terre féminine, non classiquea courage / ouvrage féminine, classiqueb fille / l’aiguille féminine, classiquea jolie / embellie féminine, classiquea voir / miroir masculine, classiqueb belle / trouvait-elle féminine, classiquea peut-être / fenêtre féminine, classiquea dehors / morts masculine, classiqueb fière / ouvrière féminine, classiquea joyeuse / rieuse féminine, classiquea ouvert / vert masculine, classiqueb heure / demeure féminine, classiquea tremble / ensemble féminine, classiquea serrés / assurés masculine, classiqueb bataille / mitraille féminine, classiquea victoire / gloire féminine, classiquea triomphants / rangs masculine, classiqueb assurance / présence féminine, classiquea parole / d’Arcole féminine, classiquea d’Austerlitz / fils masculine, classiqueb terre / faire féminine, classiquea résonne / tonne féminine, classiquea mourants / combattants masculine, classiqueb craintes / plaintes féminine, classiquea d’aigle / règle féminine, classiquea valeur / l’honneur masculine, classiqueb s’incline / poitrine féminine, classiquea t’importe / forte féminine, classiquea l’Empereur / vainqueur masculine, classiqueb s’affaissent / disparaissent féminine, classiquea poussière / terre féminine, classiquea plus / attendus masculine, classiqueb paupière / chaumière féminine, classiquea Marie / prie féminine, classiquea amour / tambour masculine, classiqueb émue / rue féminine, classiquea cria-t-elle / chancelle féminine, classiquea soldats / pas masculine, classiqueb pleure / heure féminine, classiquea chérie / vie féminine, classiquea tort / mort masculine, classiqueb s’écoule / foule féminine, classiquea parole / folle féminine, classiquea chemin / chagrin masculine, classiqueb amère / mère féminine, classiquea mansarde / blafarde féminine, classiquea abandon / nom masculine, classiqueb misère / solitaire féminine, classiquea fenêtre / paraître féminine, classiquea aujourd’hui / lui masculine, classiqueb passage / visage féminine, classiquea lucide / humide féminine, classiquea l’espoir / noir masculine, classiqueb amoureuses / joyeuses féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
336 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Capricieuses, Nîmes, IMPRIMERIE TYPOGRAPHIQUE BALDY ET ROGER, 1854· numérisation gallica.bnf.fr· Sources