Les Capricieuses, 1854
Rêverie
A Mademoiselle Emma H.
Oh ! quand les chants mélodieuxFrappaient mon oreille ravie,Alors je croyais que la vieÉtait plus douce que les cieux.
Ta voix, que ma douleur regretteEt que j’écoute en mon sommeil,Était les perles que l’on jetteEt retombent sur le vermeil.
Elle dissipait ma souffrance,Elle faisait rêver mon cœur,El ce rêve était le bonheur,Ce bonheur était l’espérance.
Je t’écoutais en murmurantTout bas une douce louange ;Puis, croyant à la voix d’un ange,Je t’adorais en t’écoulant.
Et je te disais : Chante encore ;Chante ! que la joie ait son tour !Enfant, si ma vie est d’un jour,Jusqu’au soir prolonge l’aurore.
A tes chants mon âme s’endort,Et lorsque leur doux bruit s’achève,Il recommence dans mon rêve,Où j’entends mille harpes d’or.
Mais loin de nous tu t’es enfuie :Maintenant, tout n’est que douleurs !Avec l’absence sont les pleurs,Les pleurs que nulle main n’essuie.
Pourquoi partir ?… Où donc es-tu ?Chacun te regrette, ô colombe !Et sans toi je sens vers la tombeS’incliner mon front abattu.
Car, je t’aimais, je te le jure,Mais d’un amour saint et profond,Plus doux que l’auréole pureQue les anges portent au front.
N’étais-tu pas mon bien suprême ?Ton cœur ne m’avait-il pas ditCe mot auquel le ciel sourit,Ce mot qu’on dit tout bas : Je t’aime !
Nice, janvier 1852.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 8(abba) 2(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a mélodieux / cieux masculine, classiqueb ravie / vie féminine, classiquea regrette / jette féminine, classiqueb sommeil / vermeil masculine, classiquea souffrance / l’espérance féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquea murmurant / t’écoulant masculine, classiqueb louange / ange féminine, classiquea encore / l’aurore féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea s’endort / d’or masculine, non classiqueb s’achève / rêve féminine, classiquea enfuie / n’essuie féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquea es-tu / abattu masculine, classiqueb colombe / tombe féminine, classiquea jure / pure féminine, classiqueb profond / front masculine, classiquea suprême / t’aime féminine, classiqueb dit / sourit masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Capricieuses, Nîmes, IMPRIMERIE TYPOGRAPHIQUE BALDY ET ROGER, 1854· numérisation gallica.bnf.fr· Sources