Les Caresses d’Antan, 1896
Bertha
Nous descendîmes au jardin.Déjà s’éveillait la fauvette,Saluant les feux du matin.Nous descendîmes au jardin.Et nous nous tenions par la mainPour écouter sa chansonnette…Nous descendîmes au jardin,Déjà s’éveillait la fauvette.
Tout se taisait autour de nous.Nous étions seuls dans les allées,Loin des regards, loin des jaloux.Tout se taisait autour de nous !Hors la fauvette aux chants si doux,Qui jetait ses notes perlées,Tout se taisait autour de nous…Nous étions seuls dans les allées !
Nous écoutions son gai concert,Sa voix était suave et douce !Émus, dans le sentier couvert,Nous écoutions son gai concert !Et le jardin était désert,Le bruit expirait sur la mousse…Nous écoutions son gai concert ;Sa voix était suave et douce !
Sa mélodieuse chanson,D’un doux émoi pénétrait l’âme !Nos cœurs battaient à l’unisson !Sa mélodieuse chansonFît en nous passer un frisson,Et ce frisson était dé flamme !…Sa mélodieuse chansonD’un doux émoi pénétrait l’âme !
Je pleurais sans savoir pourquoi…Qu’elles étaient douces, mes larmes !Et Bertha pleurait comme moi ;Je pleurais… sans savoir pourquoi !La fauvette chantait, ma foi !Nous n’éprouvions nulles alarmes…Mais Bertha pleurait comme moi !Qu’elles étaient douces, nos larmes !
Sans le vouloir — dans le chemin —Pourtant mon trouble était extrême,De Bertha je saisis la main,Sans le vouloir… dans le chemin !Et tombant à genoux soudain,Ma lèvre murmura : « Je t’aime ! »Sans le vouloir… dans le chemin !Pourtant mon trouble était extrême !
Elle rougit, l’oiseau chanta…Je tremblais comme la feuillée…Et tout bas j’implorais Bertha ;Elle rougit, l’oiseau chanta !C’est elle pourtant qu’écoutaMon âme presque désolée !…Elle rougit, l’oiseau chanta…Je tremblais comme la feuillée !
— « M’aimes-tu ? lui dis-je tout bas.M’aimes-tu ? — l’oiseau fit silence.Elle ne me répondit pas !— M’aimes-tu ? » lui dis-je tout bas.J’attendais mon arrêt, hélas !Mais ainsi qu’un chant d’espérance :— « Je t’aime I » dit-elle tout bas,Puis il se fit un grand silence !
La fauvette ne chantait plus,Mais Bertha rougissait encore !Au dernier son de l’Angélus,La fauvette ne chantait plus.J’avais l’ivresse des élus,Et mon cœur s’emplissait d’aurore !La fauvette ne chantait plus…Mais Bertha rougissait encore !
1861
Versification
- Rimes
- 7(ABaAabAB)
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- A jardin / matin masculine, classiqueB fauvette / chansonnette féminine, classiqueA jardin / main masculine, classiqueA nous / jaloux masculine, classiqueB allées / perlées féminine, classiqueA nous / doux masculine, classiqueA concert / couvert masculine, classiqueB douce / mousse féminine, classiqueA concert / désert masculine, classiqueA chanson / l’unisson masculine, classiqueB l’âme / flamme féminine, classiqueA chanson / frisson masculine, classiqueA pourquoi / moi masculine, classiqueB larmes / alarmes féminine, classiqueA pourquoi / foi / moi masculine, classiqueA chemin / main masculine, classiqueB extrême / t’aime féminine, classiqueA chemin / soudain masculine, classiqueA chanta / Bertha masculine, classiqueB feuillée / désolée féminine, classiqueA chanta / qu’écouta masculine, classiqueA chanta / bas masculine, classiqueB silence / d’espérance féminine, classiquea pas / bas masculine, classiquea hélas / bas masculine, classiqueA plus / l’Angélus masculine, classiqueB encore / d’aurore féminine, classiqueA plus / élus masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Caresses d’Antan, Paris, ALEXANDRE GAUTHERIN, ÉDITEUR, 1847 ‒ 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources