Les Étrivières, 1867‑1885· Première partie (1867-1870)
Dimanche
Allons, mets la chemise blanche,Laisse tenailles et rabots,Rude ouvrier, voici dimanche,Dimanche, le jour du repos.
Les violettes, les pervenches,Dans les bois embaument déjà.Les oiseaux chanteurs, dans les branches,Entonnent un Alléluia.
C’est Dimanche I — La grande ville,Aux milliers de voix et de bras,Paris, si bruyant, est tranquille,Comme Brives ou Carpentras.
C’est Dimanche ! C’est jour de fête !Dans le ciel bleu rit le soleil,Et pour ajuster sa toilette,La nature sort du sommeil.
C’est le jour des franches ribotes,Des champêtres ébattements,Et des douteuses gibelottes,D’où sortent des miaulements !
On chante, on boit, on fait ripaille.Il faut bien arroser un peu.Tous ces gosiers que la limaille,Pendant six jours a mis en feu !
Aux yeux qu’ont obscurcis les veillesDes ateliers, noires prisons,Il faut bien offrir les merveilles,Des magnifiques horizons ?
A ces oreilles assourdies,Par le bruit du fer et du bois,Il faut de pures harmonies,Pour les récréer quelquefois !
Laissez donc, retroussant sa manche,Brutalement, mais à plein cœur,L’ouvrier courir le dimanche,Après un moment de bonheur.
Si facilement on l’exalte,Si pour lutter ses bras sont prêts,C’est qu’il ne veut point voir de halteDans les étapes du progrès.
Mais, ce n’est pas lui qui déserteL’atelier pour le carrefour,Lorsque l’émeute crie : « Alerte ! »Et dérange à peine un faubourg ;
Il ne sort pas de ces enceintesOù pour arme il a son outil.Aux jours de rebellions saintes,C’est alors qu’il prend un fusil !
A son courroux il s’abandonne,Des rois il prononce l’arrêt,Et dans ses mains il brise un trône,Comme un enfant brise un jouet !
Allons ! mets la chemise blanche,Laisse tenailles et rabots,Rude ouvrier voici dimanche,Dimanche, le jour du repos !
Paris, 6 Mars 1870.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a blanche / dimanche féminine, classiqueb rabots / repos masculine, classiquea pervenches / branches féminine, classiqueb déjà / Alléluia masculine, classiquea ville / tranquille féminine, classiqueb bras / Carpentras masculine, classiquea fête / toilette féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea ribotes / gibelottes féminine, classiqueb ébattements / miaulements masculine, classiquea ripaille / limaille féminine, classiqueb peu / feu masculine, classiquea veilles / merveilles féminine, classiqueb prisons / horizons masculine, classiquea assourdies / harmonies féminine, classiqueb bois / quelquefois masculine, classiquea manche / dimanche féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquea l’exalte / halte féminine, classiqueb prêts / progrès masculine, classiquea déserte / Alerte féminine, classiqueb carrefour / faubourg masculine, non classiquea enceintes / saintes féminine, classiqueb outil / fusil masculine, classiquea s’abandonne / trône féminine, classiqueb l’arrêt / jouet masculine, équivalente
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Étrivières, Paris, A. GAUTHERIN, 1898· numérisation gallica.bnf.fr· Sources