Les Étrivières, 1867‑1885· Troisième partie (1871-1885)
La mort de Gambetta
Hoenzollern exulte‖ et le Germain respire ;Un immense soulagementA dilaté le cœur‖ des sujets de l’Empire,Et calmé le ventre Allemand.Il pourra digérer,‖ cuver dans la taverne,En paix, le ferment des houblons,La joie éclate enfin‖ au pays où gouverneL’Empereur des ivrognes blonds.L’homme en qui s’incarnait‖ la revanche implacable,Le tribun au verbe invaincu ;L’homme à la foi robuste‖ et tenace, impeccable,L’ardent patriote a vécu !
Gambetta !Ce nom seul‖ aux oreilles germaines,Sonnait comme un clairon d’airain !Et les ans s’écoulaient‖ courts comme des semaines…Et tous regardaient vers le Rhin !Il s’élevait un bruit‖ mesuré de ses grèves ;Un bruit de régiments au pas !…Puis, en proie aux terreurs‖ de fantastiques rêves,Qu’Hoffmann ne raconterait pas,La nation gloutonne‖ aux yeux bleus de pervencheQue le servilisme hébéta,Criait : « voici le jour‖ sanglant de la revanche,Que nous réservait Gambetta ! »
Mais aujourd’hui la peur‖ ne tient plus aux entrailles.Ce peuple affolé de pillards ;Il laisse aux arsenaux‖ ses engins de mitrailles,Qu’il se forgeait de nos milliards.Il dit : « Buvons ! chantons !‖ pour nous commence une èrePlus calme, et notre ciel est clair ;Celui qu’on redoutait‖ comme un coup de tonnerre,A disparu comme un éclair !Si la France est en deuil,‖ si la nation pleure,Ne buvez pas ! ne chantez pas !La foudre ébranlera,‖ lorsque sonnera l’heure,La terre où titubent vos pas !L’homme au grand cœur n’est plus,‖ mais le cœur de la France,Sur qui son souffle avait passé,N’a point dans un cercueil‖ cloué son espérance ;Sa haine n’a point trépassé !
Paris, 3 janvier 1883.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 10[abab]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (21 de 12, 20 de 8)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a respire / l’Empire féminine, classiqueb soulagement / Allemand masculine, classiquea taverne / gouverne féminine, classiqueb houblons / blonds masculine, classiquea implacable / impeccable féminine, classiqueb invaincu / vécu masculine, classiquea Gambetta / germaines / semaines féminine, classiqueb d’airain / Rhin masculine, classiquea grèves / rêves féminine, classiqueb pas masculine, classiquea pervenche / revanche féminine, classiqueb hébéta / Gambetta masculine, classiquea entrailles / mitrailles féminine, classiqueb pillards / milliards masculine, classiquea ère / tonnerre féminine, classiqueb clair / éclair masculine, classiquea pleure / l’heure féminine, classiquea France / espérance féminine, classiqueb passé / trépassé masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
41 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Étrivières, Paris, A. GAUTHERIN, 1898· numérisation gallica.bnf.fr· Sources