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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

La comtesse marguerite

Pierre Dupont· 64 vers

La comtesse Marguerite,Veuve du comte Raymond,Languissait comme un ermite,Sur la crête d’un vieux mont,Avec une seule suivanteEn un castel tout délabré,Cent fois plus morte que vivante,Triste comme un miserere.

Elle avait un oratoire,Où le corps du trépassé,Dans le vermeil et la moireSplendidement enchâssé,Au cœur brûlant de la comtesse,Dont le nom pieux nous resta,Entretenait une tristessePareille aux lampes de Vesta.

Par une nuit de décembre,En revenant de prier,Elle mangeait dans sa chambreQuelques fruits de son fruitier ;La suivante vint effaréeDire : On frappe à l’huis du château ;Et soudain paraît à l’entréeUn cavalier dans son manteau.

Il entre avec courtoisie ;Il pleut de ses cheveux blondsLe parfum de l’ambroisieEt des fleurs de nos vallons :Sa barbe fourchue est frisée,Et l’émail de ses blanches dentsÉclate en sa bouche rosée,Son front et ses yeux sont ardents.

Près de la veuve il prend place ;Étale son bleu pourpoint,Et, pour rompre enfin la glace,Frappant la table du poing :La collation est frugale,Dit-il avec joyeuse humeur ;Il faut ici qu’on me régale :J’ai grand’faim et suis grand seigneur.

Lors, la triste châtelaineRépondit au cavalier :Seigneur, si ma bourse est pleine,Je n’ai rien en mon cellier ;Je n’ai rien plus en mon office ;Je suis veuve ; que voulez-vous ?Prenez mon or en sacrifice,Laissez-moi pleurer mon époux.

Monseigneur de la cassette,En souriant, prend la clé,L’attache à son aiguillette,Et soudain, ensorcelé,Le castel n’est plus qu’une salleOù, parmi les fleurs et le fruit,Un festin somptueux s’étale,Le jour s’allume en plein minuit.

Il entre de pauvres hèresQui se hâtent à manger ;Madame, ce sont vos frères,Reprend le bel étranger.Et comme son œil plein de flammeTroublait Marguerite en secret :« Ne craignez rien ! dit-il, madame,« Je suis Jésus de Nazareth. »

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources