Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La trompe de chasse
Mon cœur éclate, mécontent ;Apportez ma trompe de chasse,Que je joue un air palpitant,Plein de colère et de menace !
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Lâchez tous les chiens du chenil,Et que leur meute bigarrée,Tant que je n’aurai pas fini,Hurle comme pour la curée !
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Tête basse et la queue en l’air,Les voilà tous sous ma fenêtre !Inspire-moi, doux Lucifer,Ton air le plus doux, o mon maître !
Pleure ton baron.Ma trompe de chasse :Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Inspire-moi des sons fêlésA faire pâlir les comètes,A faire pleuvoir sur les blésDu sang, comme au bruit des trompettes !
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Derrière mes mâchecoulis,Et sous l’abri de mes tourelles,Grandissait une fleur de lis,Ma fille, belle entre les belles.
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Tous mes trésors me sont ravis…Dérouillez-vous, mes vieilles armes :On a su faire un pont-levis,Avec de l’or, jusqu’à ses charmes !
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Elle a suivi, je ne sais où,Un haut baron de la finance.Mon sang noir remonte à mon cou ;Ma tête blanche entre en démence.
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Mes chiens, mon cœur est trépassé(Venez fouiller dans ma poitrine !),Il ne bat plus, il est glacé ;Enterrez-le sous la colline.
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Hurlez trois jours, hurlez trois nuits.Criez au soleil, à la lune,A tous les astres, que je suisMort de douleur, mais sans rancune.
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grace !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
Si par hasard vous rencontrezCelle qui pour de l’or se donne,Chiens fidèles, vous lui direz :Ton père est mort, il te pardonne !
Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !Il a vu ternir son plus beau fleuron,Et meurt en criant : Grâce !Pleure ton baron,Ma trompe de chasse !
100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources