Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le vague
Dans le vague où je suis plongéeEt dans les intimes douleurs,Je ne suis jamais soulagéeQue par mes soupirs et mes pleurs ;Au milieu du luxe où je nage,Sur mes lèvres étincelantComme un éclair dans un nuage,Mon rire n’est qu’un faux semblant.
O recherche incertaine !O problème fatal !Ah ! que grande est ma peineA chercher l’idéal !
Rien ne me charme et ne m’attireParmi les choses que je vois,Et c’est à peine si j’admireLa voûte du ciel ou des bois.Quand j’erre dans les avenuesDe mon parc aux arbres taillés,Je rêve par delà les nuesDes horizons plus émaillés.
O recherche incertaine !O problème fatal !Ah ! que grande est ma peineA chercher l’idéal !
Des fleurs si rares de mes serresJe n’ai plus souci désormais,Ni des hôtes de mes volières,De mille choses que j’aimais.Je verrais, sans pleurer, la perteDe mes oiseaux de paradis,Même de ma perruche verte,Qui répète ce que je dis !
O recherche incertaine !O problème fatal !Ah ! que grande est ma peineA chercher l’idéal !
Que me fait ma jument de raceDont l’œil noir est plein de douceur,Vite comme le vent qui passe,Qui m’aime à l’égal d’une sœur ?Que me font ma colombe blanche,Mon angora, mon épagneul ?Qu’avec eux je joue et m’épanche,Mon cœur n’en reste pas moins seul.
O recherche incertaine !O problème fatal !Ah ! que grande est ma peineA chercher l’idéal !
Au sein de la foule doréeQui tourbillonne autour de moiEt m’appelle son adorée,Plus d’un veut m’engager sa foi.Lequel choisir ? lequel est digneDe cet amour illimité,Qui veut être pur comme un cygneEt durer une éternité ?
O recherche incertaine !O problème fatal !Ah ! que grande est ma peineA chercher l’idéal !
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources