Muse populaire, 1875· Muse populaire
Les trois grâces
Un jour, dans ma jeune saison,J’allais des vallons aux collines,Cherchant le bout de l’horizon.J’entrevis trois formes divinesSous un bois demi-ténébreux :C’étaient de vivantes statues,Elles dansaient demi-vêtues ;Des trois sœurs je fus amoureux.
Oh ! vous les avez rencontréesÉgayant nos âpres chemins,Jetant les fleurs à pleines mains,Mes trois célestes adorées !
Une avait les cheveux châtains,Une était brune et l’autre blonde.M’agaçant de leurs pieds mutins,Les trois sœurs menaient une ronde ;Leurs pieds s’entre-choquaient entre euxPour mieux mesurer la cadence,Mon cœur allait avec la danseDe leurs trois rhythmes amoureux.
Oh ! vous les avez rencontréesÉgayant nos âpres chemins,Jetant les fleurs à pleines mains,Mes trois célestes adorées !
Dans leurs cheveux brillaient trois fleurs,Trois fleurs que l’on aime isoléesMais dont les célestes couleursContrastent mieux étant mêlées :Le lis, astre tombé des cieux,Les roses et les violettes,Rayons des divines palettes ;Des trois fleurs j’étais amoureux.
Oh ! vous les avez rencontréesÉgayant nos âpres chemins,Jetant les fleurs à pleines mains,Mes trois célestes adorées !
Leurs trois chants formaient un accord,Et, se heurtant sans choc bizarre,Se mariaient comme le corAvec la flûte et la guitare.Leurs voix, ensemble harmonieux,Étaient comme elles nuancées.Comme leurs mains entrelacées ;Des trois voix j’étais amoureux.
Oh ! vous les avez rencontréesÉgayant nos âpres chemins,jetant les fleurs à pleines mains,Mes trois célestes adorées !
Ces trois sœurs, qui dansaient en rond,Me voyant, rompirent leur chaîneEt vinrent me baiser au front :Je sens encor leur douce haleine.Le doux parfum de leurs cheveux.Grâces, qu’êtes-vous devenues ?Toutes trois, fuyant vers les nues,Ont délaissé leur amoureux.
Oh ! vous les avez rencontréesÉgayant nos âpres chemins,Jetant les fleurs à pleines mains,Mes trois célestes adorées !
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources