Autre livre de Monelle, 1939
« APRÈS tant de vols fous j’ai replié mon aile »
La mer, la mer toujours recommencée.Paul VALÉRY. Cimetière marin.
(La Sagesse)
APRÈS tant de vols fous‖ j’ai replié mon aile.Les courants opposés‖ ne me traversent plus.Enfin j’ai commandé‖ mes vœux irrésolus.Et je vais maintenant‖ de Simone à Monelle.
(Le Printemps)
De vos dons prodigués‖ je ne m’étonne pas.Tout naturellement‖ j’embrasse en vous, Monelle,La plus tendre saison‖ qui n’ait fleuri mes pas.Vous rimez riche à la‖ tremblante pimprenelle.
(L’Automne)
Octobre en or éclate‖ au bois de Puirajoux.Déjà des ramiers bleus‖ ont croûlé dans mes chênes.De mes doutes brisés‖ j’ai rejeté les chaînes.— Un matin noble, et vrai,‖ Simone, comme vous.
(Passages)
Fourriers des soirs couverts‖ et des matins de glace,De vastes vols‖ triangulaires‖ ont glissé.Autrefois que ces hauts‖ passages m’ont blessé !Monelle ! j’ai contre eux‖ ta parole efficace.
(Les Fleurs)
L’œillet, le lys royal‖ et la tendre anémone,Le dahlia flexible‖ et le liseron bleuPavoisent la secrète‖ allée où va SimoneDécouvrir une joie‖ ouverte peu à peu.
(Les Fruits)
Monelle, je ne sais‖ quelle est la mieux chérieDans ton verger de ces‖ pulpes que tu me tends,Le brugnon carminé,‖ les raisins grelottants,La figue que l’on nomme‖ (à tort) de Barbarie.
(Nos Églises)
Ce sentiment si pur‖ et si nouveau pourtant,Et peut-être déjà‖ tant de peines promises,Tant de bonheur enfin,‖ Simone ! cœur battant,Quand vous passiez au long‖ de ces vieilles églises.
(Le Cœur)
Cette suprême rose blanche‖ qui s’effeuilleSe rassemble, on dirait !‖ dans un bouton dernier.Monelle, espère-t-elle‖ encore qu’on la cueille ?Son cœur ne voudrait pas‖ mourir. Vous le teniez.
(L’Angellerie)
Simone, vous aimez‖ le nom de ces villages,Fougeret, Puirajoux,‖ Champ-Noir. Il ne faut plusRire de cette enfant‖ qui crie à nos passages :L’Angellerie ! — et rit‖ à ses anges perdus.
(Sompt)
La route que je suis‖ s’enfonçait dans la brumeD’octobre et le soleil‖ a percé ces réseaux.L’auto glisse déjà‖ vers Sompt aux belles eaux.Monelle ! que de joie‖ encore, et d’amertume.
(Le Foyer)
Les braises qui vivaient‖ sous cette cendre-ci,Fille claire, je les‖ découvre et les ranime,Haute flamme chantant‖ votre accord unanime,Cher foyer, beau matin,‖ Simone mon souci.
(Les Pas)
La longue ligne et les‖ pas souples de MonelleOnt toute grâce et toute‖ force rassemblées.Quel songe tissiez-vous,‖ frêle octobre ? Mais elleM’a pris et me reprend‖ dans ses belles foulées.
(Nos Voix)
Âme de la maison,‖ ta voix heureuse sonne.Je ne partirai pas.‖ Tu m’appelles. Je viens.Les timbres de ta voix‖ ont vibré dans les miens.Je viens et je reviens‖ de Monelle à Simone.
(Les Cormes)
Simone, nous allons‖ suivre les grandes haies.La grive à cris aigus‖ scande ses vols brisés.Déjà la corme est mûre‖ et nous donne ses baies.L’automne ! vous aimez‖ ce goût dans mes baisers.
(La Rue)
Que mes pas sont heureux‖ dans cette rue étroiteOù je n’accueille plus‖ les signes étrangers ;Simone est à ma gauche‖ et Monelle à ma droite.Que mes pas sont légers !
(L’Hiver)
Dans cet humide vent‖ de janvier, je déploieContre tout sort funeste‖ et tout méchant hasardTon amour bel et haut‖ comme un grand étendard,Simone flamme de ma joie.
(Saint-Hilaire)
Comme sur le pilier‖ la grand’voûte s’appuie,Sur vous ma vie enfin‖ assure son élan,Et s’accroît aux beaux pas‖ d’un rythme bien-allantQui traverse un matin‖ de tempête et de pluie.
(Mer Océane)
Bon vent, Simone, et va‖ ce soir interrogerL’Atlantique d’Aunis‖ et ses hautes démences,Âme tendue et tant‖ de flamme, ô cœur léger,Pure Simone et qui‖ sans fin te recommences.
19-29 octobre 1938. Janvier 1939.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 9(abba) 9(abab)
- Mètre
- Alexandrins surtout (70 de 12, 1 de 6, 1 de 8)· profil 6=6, (6), (8)
- Strophes
- 1 quatrain
- Mots à la rime
- a aile / Monelle féminine, classiqueb plus / irrésolus masculine, classiquea pas masculine, classiqueb Monelle / pimprenelle féminine, classiquea Puirajoux / vous masculine, classiqueb chênes / chaînes féminine, classiquea glace / efficace féminine, classiqueb glissé / blessé masculine, classiquea anémone / Simone féminine, classiqueb bleu / peu masculine, classiquea chérie / Barbarie féminine, classiqueb tends / grelottants masculine, classiquea pourtant / battant masculine, classiqueb promises / églises féminine, classiquea s’effeuille / cueille féminine, classiqueb dernier / teniez masculine, non classiquea villages / passages féminine, classiqueb plus / perdus masculine, classiquea brume / d’amertume féminine, classiqueb réseaux / eaux masculine, classiquea cendre-ci / souci masculine, classiqueb ranime / unanime féminine, classiquea Monelle / elle féminine, classiqueb rassemblées / foulées féminine, classiquea sonne / Simone féminine, classiqueb viens / miens masculine, classiquea haies / baies féminine, classiqueb brisés / baisers masculine, classiquea étroite / droite féminine, classiqueb étrangers / légers masculine, classiquea déploie / joie féminine, classiqueb hasard / étendard masculine, classiquea s’appuie / pluie féminine, classiqueb élan / bien-allant masculine, non classiquea interroger / léger masculine, classiqueb démences / recommences féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Autre livre de Monelle, Alençon, 1939· numérisation gallica.bnf.fr· Sources