Mélodies poétiques, 1893· Sur les fibres du cœur
Amour divinisé
Voici la nuit. Son ombre‖ immense et grandioseDéploie aux cieux profonds‖ sa grave majesté,Et, sur le monde obscur‖ qui lourdement repose,Il semble qu’elle fait‖ rêver l’immensité.
Un souffle solennel,‖ parfumant l’étendue,Caresse le front pur‖ comme le front terni,Et, tandis que l’extase‖ est partout répandue,Une étoile s’allume‖ au seuil de l’infini…
C’est l’heure où l’on dirait‖ que le cœur est plus tendre,Tendre pour la prière‖ ainsi que pour l’amour,Où sur la lèvre vierge‖ on se permet de prendreQuelque chaste baiser‖ désiré tout un jour.
C’est l’heure, oh ! l’heure douce,‖ ineffablement douce !Où l’amante et l’amant‖ s’en vont sous les tilleulsPour s’asseoir, tout rêveurs,‖ sur quelque molle mousse,Et goûter le bonheur‖ de s’entretenir seuls.
C’est l’heure de l’amour‖ aux douceurs infinies.Nous devons en jouir‖ puisque nous nous aimons,Nous devons rechercher‖ toutes ses harmonies,Ses parfums, ses soupirs,‖ ses ombres, ses rayons.
Allons donc tous les deux,‖ ma tendre bien-aimée,Auprès des flots pensifs,‖ devant les vieux manoirs,Donner à caresser‖ par la brise embaumée,Moi, mon front soucieux,‖ toi, tes beaux cheveux noirs.
Allons sous les grands pins‖ aux immenses murmures,En nous parlant tout bas‖ comme des amoureux,Pour mêler aux accords‖ de l’onde et des ramures,Moi, quelques longs soupirs,‖ toi, des mots langoureux.
Et quand nous serons las‖ de marcher dans les herbes,De fouler le doux sable‖ où l’onde vient pleurer,D’errer, d’un pas rêveur,‖ devant les monts superbes,D’ouïr les bois chanter‖ et les vents murmurer ;
Quand nous aurons assez‖ le cœur rempli de joie,Les cheveux parfumés‖ par les brises du soir,Le regard délecté‖ par l’éther qui flamboie,Semblant sans cesse ouvrir‖ des yeux d’or pour nous voir,
Mous ploierons les genoux‖ dans l’ombre grandiose,Et tous deux, pénétrés‖ d’un respect solennel,Avec tout ce qui rayonne, ou contemple, ou repose,Sur terre, dans les cieux,‖ nous prierons l’Éternel.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Alexandrins surtout (39 de 12, 1 de 13)· profil 6+6, (13)
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a grandiose / repose féminine, classiqueb majesté / l’immensité masculine, classiquea l’étendue / répandue féminine, classiqueb terni / l’infini masculine, classiquea tendre / prendre féminine, classiqueb l’amour / jour masculine, classiquea douce / mousse féminine, classiqueb tilleuls / seuls masculine, classiquea infinies / harmonies féminine, classiqueb aimons / rayons masculine, classiquea bien-aimée / embaumée féminine, classiqueb manoirs / noirs masculine, classiquea murmures / ramures féminine, classiqueb amoureux / langoureux masculine, classiquea herbes / superbes féminine, classiqueb pleurer / murmurer masculine, classiquea joie / flamboie féminine, classiqueb soir / voir masculine, classiqueb solennel / l’Éternel masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Montréal, Pierre J. Bédard, Imprimeur-relieur, 1893· numérisation poesies.net· Sources