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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Mélodies poétiques, 1893· Mélancolies

Rimes automnales

Albert Ferland· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

Adieu, les frais zéphyrs,‖ les aubes ravissantesQui font pâlir l’azur‖ et sourire les eaux !Adieu, source limpide‖ aux ondes jaillissantesEt doux pleurs du matin‖ perlant sur les roseaux !

Hélas ! les jours sereins‖ que l’aurore charmanteEnfante au bas des cieux‖ derrière l’horizonFont place aux vastes pleurs‖ que roule la tourmente,A la mauvaise humeur‖ de la triste saison.

Bientôt l’oiseau frileux‖ quittera nos rivagesEn voyant sous l’autan‖ les bois se dégarnir,Les brumes s’entasser‖ sur les rochers sauvagesEt l’homme méditer‖ et le ciel se ternir.

Déjà l’automne plane‖ au fond des cieux moroses,Où le soleil est pâle‖ ainsi qu’un œil mourant,Et le souffle hiémal‖ qui disperse les rosesFait sangloter la feuille‖ au front du bois pleurant.

Une immense tristesse‖ assombrit la nature,Qui gémit sur la terre‖ et râle dans les flots ;À l’horrible aquilon,‖ qui gronde et les torture,Le roc jette un soupir‖ et l’onde des sanglots.

Sous les cruels frimas‖ le flanc des monts frissonne,Le fleuve va frémir‖ dans les immensités ;Tout se lamente et souffre,‖ et le vent ne moissonneQue pleurs dans les déserts‖ et cris dans les cités.

Plus d’un regard s’attriste‖ au fond des lointains vagues ;L’oiseau dans les brouillards‖ sème un lugubre accent ;Un funèbre accord naît‖ sous l’écume des vagues ;Nul rayon ne reluit‖ dans le ciel pâlissant.

Durant ces jours de deuil,‖ qui meurent dans l’orage,L’homme devient plus grave‖ et se plaît à songer ;Il va souvent, pensif,‖ rêver sous quelque ombrage,Écouter l’aquilon‖ qui vient tout ravager.

La nature l’émeut‖ par sa douleur immense :Il ne peut s’empêcher‖ de pleurer, de frémir,Car son cœur est sensible‖ et quand elle commenceA souffrir sous la bise‖ il commence à gémir.

C’est bon qu’il pleure ainsi‖ sous l’aquilon qui tonne,Qu’il pense à son passé,‖ qu’il songe à l’avenir,Que pour les morts il prie‖ et que le sombre automneLui dise qu’il verra‖ bientôt la mort venir.

Versification

Forme
10 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a ravissantes / jaillissantes féminine, classiqueb eaux / roseaux masculine, classiquea charmante / tourmente féminine, classiqueb l’horizon / saison masculine, classiquea rivages / sauvages féminine, classiqueb dégarnir / ternir masculine, classiquea moroses / roses féminine, classiqueb mourant / pleurant masculine, classiquea nature / torture féminine, classiqueb flots / sanglots masculine, classiquea frissonne / moissonne féminine, classiqueb immensités / cités masculine, classiquea vagues féminine, classiqueb accent / pâlissant masculine, classiquea l’orage / ombrage féminine, classiqueb songer / ravager masculine, classiquea immense / commence féminine, classiqueb frémir / gémir masculine, classiquea tonne / automne féminine, classiqueb l’avenir / venir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Montréal, Pierre J. Bédard, Imprimeur-relieur, 1893· numérisation poesies.net· Sources