Fables de Florian, 1793· Livre quatrième
FABLE II. L’Écureuil, le Chien et le Renard
Un gentil écureuil‖ était le camarade,Le tendre ami d’un beau danois.Un jour qu’ils voyageaient‖ comme Oreste et Pylade,La nuit les surprit dans un bois.En ce lieu point d’auberge ;‖ ils eurent de la peineA trouver où se bien coucher.Enfin le chien se mit‖ dans le creux d’un vieux chêne,Et l’écureuil plus haut‖ grimpa pour se nicher.Vers minuit, c’est l’heure des crimes,Long temps après que nos amis,En se disant bon soir,‖ se furent endormis,Voici qu’un vieux renard,‖ affamé de victimes,Arrive au pied de l’arbre ;‖ et, levant le museau,Voit l’écureuil sur un rameau.Il le mange des yeux,‖ humecte de sa langueSes lèvres, qui de sang‖ brûlent de s’abreuver.Mais jusqu’à l’écureuil‖ il ne peut arriver ;Il faut donc, par une harangue,L’engager à descendre ;‖ et voici son discours :Ami, pardonnez, je vous prie,Si de votre sommeil‖ j’ose troubler le cours :Mais le pieux transport‖ dont mon âme est remplieNe peut se contenir ;‖ je suis votre cousinGermain ;Votre mère était sœur‖ de feu mon digne père.Cet honnête homme, hélas !‖ à son heure dernière,M’a tant recommandé‖ de chercher son neveu,Pour lui donner moitié du peuQu’il m’a laissé de bien !‖ Venez donc, mon cher frère,Venez, par un embrassement,Combler le doux plaisir‖ que mon âme ressent.Si je pouvais monter‖ jusqu’aux lieux où vous êtes,Oh ! j’y serais déjà,‖ soyez-en bien certain.Les écureuils ne sont pas bêtes,Et le mien était fort malin.Il reconnaît le patelin,Et répond d’un ton doux :‖ Je meurs d’impatienceDe vous embrasser, mon cousin ;Je descends : mais, pour mieux‖ lier la connaissance,Je veux vous présenter‖ mon plus fidèle ami,Un parent qui prit soin‖ de nourrir mon enfance ;Il dort dans ce trou-là :‖ frappez un peu ; je penseQue vous serez charmé‖ de le connaître aussi.Aussitôt maître renard frappe,Croyant en manger deux :‖ mais le fidèle chienS’élance de l’arbre, le happe,Et vous l’étrangle bel et bien.
Ceci prouve deux points :‖ d’abord, qu’il est utileDans la douce amitié‖ de placer son bonheur ;Puis, qu’avec de l’esprit,‖ il est souvent facileAu piège qu’il nous tend‖ de surprendre un trompeur.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 7[abab] 3[abba] 3[aa] 1[aabba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (33 de 12, 17 de 8, 1 de 2)· profil 8, 6+6, (2)
- Mots à la rime
- a camarade / Pylade féminine, classiqueb danois / bois masculine, classiquea peine / chêne féminine, classiqueb coucher / nicher masculine, classiquea crimes / victimes féminine, classiqueb amis / endormis masculine, classiquea museau / rameau masculine, classiquea langue / harangue féminine, classiqueb s’abreuver / arriver masculine, classiquea discours / cours masculine, classiqueb prie / remplie féminine, classiquea cousin / Germain masculine, classiquea père / dernière / frère féminine, classiqueb neveu / peu masculine, classiquea embrassement / ressent masculine, classiquea êtes / bêtes féminine, classiqueb certain / malin masculine, classiquea patelin / cousin masculine, classiqueb d’impatience / connaissance féminine, classiquea ami / aussi masculine, classiqueb enfance / pense féminine, classiquea frappe / happe féminine, classiqueb chien / bien masculine, classiquea utile / facile féminine, classiqueb bonheur / trompeur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables de Florian, Paris, LA LIBRAIRIE ÉCONOMIQUE, 1800-1801· numérisation Project Gutenberg· Sources