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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables de Florian, 1793· Livre cinquième

FABLE PREMIÈRE. Le Berger et le Rossignol

A M. L’ABBÉ DELILLE

Jean-Pierre Claris de Florian· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 46 vers

O toi, dont la touchante‖ et sublime harmonieCharme toujours l’oreille‖ en attachant le cœur,Digne rival, souvent vainqueur,Du chantre fameux d’Ausonie,Delille, ne crains rien,‖ sur mes légers pipeauxJe ne viens point ici‖ célébrer tes travaux,Ni dans de faibles vers‖ parler de poésie.Je sais que l’immortalitéQui t’est déjà promise‖ au temple de mémoireT’est moins chère que ta gaîté ;Je sais que, méritant‖ tes succès sans y croire,Content par caractère‖ et non par vanité,Tu te fais pardonner ta gloireA force d’amabilité :C’est ton secret, aussi‖ je finis ce prologue.Mais du moins, lis mon apologue ;Et si quelque envieux,‖ quelque esprit de travers,Outrageant un jour tes beaux vers,Te donne assez d’humeur‖ pour t’empêcher d’écrire,Je te demande alors‖ de vouloir le relire.

Dans une belle nuit‖ du charmant mois de mai,Un berger contemplait,‖ du haut d’une colline,La lune promenant‖ sa lumière argentineAu milieu d’un ciel pur‖ d’étoiles parsemé ;Le tilleul odorant,‖ le lilas, l’aubépine,Au gré du doux zéphyr‖ balançant leurs rameaux,Et les ruisseaux dans les prairiesBrisant sur des rives fleuriesLe cristal de leurs claires eaux.Un rossignol, dans le bocage,Mêlait ses doux accens‖ à ce calme enchanteur ;L’écho les répétait,‖ et notre heureux pasteur,Transporté de plaisir,‖ écoutait son ramage.Mais tout-à-coup l’oiseau‖ finit ses tendres sons.En vain le berger le supplieDe continuer ses chansons.Non, dit le rossignol,‖ c’en est fait pour la vie ;Je ne troublerai plus‖ ces paisibles forêts.N’entends-tu pas dans ce maraisMille grenouilles coassantesQui, par des cris affreux,‖ insultent à mes chants ?Je cède, et reconnais‖ que mes faibles accensNe peuvent l’emporter‖ sur leurs voix glapissantes.Ami, dit le berger,‖ tu vas combler leurs vœux ;Te taire est le moyen‖ qu’on les écoute mieux :Je ne les entends plus‖ aussitôt que tu chantes.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
2[abbacca] 1[ababcbc] 4[aa] 1[abbab] 2[abba] 1[abab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (30 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a harmonie / d’Ausonie / poésie féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquec pipeaux / travaux masculine, classiquea l’immortalité / gaîté masculine, classiqueb mémoire / croire / gloire féminine, classiquec vanité / d’amabilité masculine, classiquea prologue / apologue féminine, classiquea travers / vers masculine, classiquea d’écrire / relire féminine, classiquea mai / parsemé masculine, classiqueb colline / argentine / l’aubépine féminine, classiquea rameaux / eaux masculine, classiqueb prairies / fleuries féminine, équivalentea bocage / ramage féminine, classiqueb enchanteur / pasteur masculine, classiquea sons / chansons masculine, classiqueb supplie / vie féminine, classiquea forêts / marais masculine, classiquea coassantes / glapissantes / chantes féminine, classiqueb chants / accens masculine, classiquec vœux / mieux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables de Florian, Paris, LA LIBRAIRIE ÉCONOMIQUE, 1800-1801· numérisation Project Gutenberg· Sources