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un seul est le mot juste.

La négresse blonde, 1909· Épitre falote et balnéaire

Épitre falote et balnéaire

Georges Fourest· 14 sizains, octosyllabes, 84 vers

À JOSEPH SAVARY dilettante bourguignon.

Eau bienfaisante !
Puissant secours
Qui nous exempte
De maux si lourds.A. POMMIER.

Savary, joyeux compagnonAfricain, Gascon, BourguignonQui vis joyeux loin des QuaranteAu pays de ces nobles ducsQu’en ses bouquins un peu… caducsCélébra Môssieur de Barante

Bourguignon mais fils de ParisPrince du rire et des hourisContemnant le singe et le pîtreMon bon vieux, il me plaît, ce soir,De t’envoyer, sans plus surseoir,Une ode habillée en épître !…

Donc, chaque jour plus avachiJe me trimbale dans VichyOù des Messieurs jaunes d’ictèreAux dames de même couleurExposent les phases de leurGoutte (civile ou militaire !)

De Guérêt, de Poulocondor,Du Brésil où vit le condor,Ducs, fabricants de margarines,Cabotins, bourgeois saugrenus,Comme une trombe, ils sont venusFaire analyser leur urines.

Il en vient de Costarica,Des bords du lac Titicaca,De Pontoise et de PampeluneEt de Bucharest et de BrestEt je veux n’être plus FourestS’il n’en tombe aussi de la Lune !

Barons juifs entasseurs d’écus,Épiciers chauves et cocusEt généraux de BolivieOstentent d’un air convaincuLeur bedaine et leur trou du culAux doucheurs dont l’âme est ravie.

Les uns, dolents du pancréasRimeraient à « Jean Moréas »D’autres (Larbaud leur soit propice) !Ayant du sucre en leur pipiSemblent moins des pommes d’apiQue des morceaux de pain d’épice.

Le soir, au casino, des tasDe Mercadets et de rastasOuvrent la banque ou l’on trébucheRubis aux doigts, gilet trop neuf,Ils savent l’art d’abattre NeufEn donnant au ponte une bûche !

Cependant que des avocatsCroassant comme des choucasMènent au concert leurs femellesDont le… bas-fond saigne encor duTerrible effort d’avoir ponduQuinze mômes affreux comme elles !

Or ce que peut œuvrer, parmiTous ces Pécuchets, ton amiDis-moi, vieux frangin, que t’en semble ?Sinon rêver aux jours (lointainsHélas !) où les doux PhilistinsDans Paris nous verront ensemble ?

Ah ! ces beaux jours quand luiront-ilsOù, tenant des propos subtils,Aux bourgeois taillant des croupières,Nous jetterons au nez d’HomaisNos rimes d’or sans que jamaisS’appesantissent nos paupières !

Car il sied ne parler qu’en vers :Comme un digne bourgeois d’AnversSoigne une tulipe et l’arrose,Nobles jardiniers, cultivonsLa fleur mystique et réservonsAux maraîchers la vile prose ?

Des vers ! des vers ! et c’est pourquoiSi tu veux qu’on te laisse coiSiroter près d’une crédenceTon vieux Beaune sache qu’il faut,Sans rémission ni défautÉpistoler et d’abondance !…

Et puis, t’ayant serré la main,Je vais ronfler jusqu’à demain :Le ciel, en son omnipotence,Nous inspirant maint beau sonnetToujours nous préserve d’Ohnet,De la grippe et de la potence !

Versification

Forme
14 sizains (sizains)
Rimes
14(aabccb)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
14 sizains
Mots à la rime
a compagnon / Bourguignon masculine, classiqueb Quarante / Barante féminine, classiquec ducs / caducs masculine, classiquea Paris / houris masculine, classiqueb pître / épître féminine, classiquec soir / surseoir masculine, classiquea avachi / Vichy masculine, classiqueb d’ictère / militaire féminine, classiquec couleur / leur masculine, classiquea Poulocondor / condor masculine, classiqueb margarines / urines féminine, classiquec saugrenus / venus masculine, classiquea Costarica / Titicaca masculine, classiqueb Pampelune / Lune féminine, classiquec Brest / Fourest masculine, classiquea d’écus / cocus masculine, classiqueb Bolivie / ravie féminine, classiquec convaincu / cul masculine, non classiquea pancréas / Moréas masculine, classiqueb propice / d’épice féminine, classiquec pipi / d’api masculine, classiquea tas / rastas masculine, classiqueb trébuche / bûche féminine, classiquec neuf / Neuf masculine, classiquea avocats / choucas masculine, classiqueb femelles / elles féminine, classiquec du / pondu masculine, classiquea parmi / ami masculine, classiqueb semble / ensemble féminine, classiquec lointains / Philistins masculine, classiquea luiront-ils / subtils masculine, classiqueb croupières / paupières féminine, classiquec d’Homais / jamais masculine, classiquea vers / d’Anvers masculine, classiqueb l’arrose / prose féminine, équivalentec cultivons / réservons masculine, classiquea pourquoi / coi masculine, classiqueb crédence / d’abondance féminine, classiquec faut / défaut masculine, classiquea main / demain masculine, classiqueb omnipotence / potence féminine, classiquec sonnet / d’Ohnet masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.7· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Négresse blonde, Paris, A MESSEIN, 1909· numérisation wikisource.org· Sources