Le Géranium ovipare, 1935· Triolets en l’honneur de quelques romanciers vivants ou trépassés
I. D’abord quelques trépassés d’hier ou d’avant-hier
Pour les romanciers de jadistout d’abord j’accorde ma lyre.Entonnons un de profundispour les romanciers de jadis.Voici l’heure (midi moins dix),où j’entre en un sacré délire :pour les romanciers de jadistout d’abord j’accorde ma lyre.
La nuit, je lis au lit Zolaqui de Mercier fouettait la bile.En cette chambre où m’isolala nuit je lis au lit Zola.Dieu quel talent, cet oiseau-là !Oh ! le grand homme ! Oh ! l’homme habile !La nuit je lis au lit Zolaqui de Mercier fouettait la bile.
Pour jouer au loto Lotiestimait surtout le frère Yves.Morbleu ! comme il fut bien lotipour jouer au loto, Loti !En vain les filles de Loth i-raient le chatouiller sur les rives ;pour jouer au loto Lotiestimait surtout le frère Yves.
En homme de bon sens Ohnetcontemnait rondeaux et ballades :pantoum, éblouissant sonneten homme de bon sens Ohnetdit : « Ce sont jeux de sansonnet,« vrais propos de cerveaux malades ! »En homme de bon sens Ohnetcontemnait rondeaux et ballades.
Vous souvient-il de Theurietqui fut maire de Bourg-la-Reine ?Placidement il souriait :vous souvient-il de Theuriet ?Theuriet, Feuillet, Aubryet,où sont-ils, vierge souveraine ?Vous souvient-il de Theurietqui fut maire de Bourg-la-Reine ?
Mais où sont Adolphe Belotet madame Giraud, sa femme ?Hop ! Hop ! les morts vont au galop !Mais où sont Adolphe Belot,Albert Delpit, Hector Malot,Edmond About qui fit l’InfâmeMais où sont Adolphe Belotet madame Giraud, sa femme ?
« Cher Buloz », disait Cherbuliez,« nous écrivons pour les deux mondes !« Oncques n’allez par les Bulliers,« cher Buloz », disait Cherbuliez,« les bois fuyez et les halliers« où gîtent les Gitons immondes.« Cher Buloz », disait Cherbuliez,« nous écrivons pour les deux mondes ! »
C’était le beau temps du Nababque nous contait Daudet (Alphonse)— Ô Tartarin, ton baobab ! —c’était le beau temps du Nabab !Péladan trônant tel le Babvaticinait en prose absconsec’était le beau temps du Nababque nous contait Daudet (Alphonse).
Eh ! Eh ! c’est monsieur Bergeretprésenté par notre Anatole !Quel est ce monsieur guilleret ?Eh ! Eh ! c’est monsieur BergeretCocu discret il monteraitallègrement au Capitole.Eh ! Eh ! c’est monsieur Bergeretprésenté par notre Anatole !
Voici venir monsieur Maindrondans un cliquetis de ferraille !Prenez garde à son éperon !Voici venir monsieur Maindron !Par delà même l’Achéronil vitupère et braille et raille :voici venir monsieur Maindrondans un cliquetis de ferraille !
Boylesve naquit Tardivauxpuis Tardivaux se fit Boylesve.Comme on voit les bœufs naître veauxBoylesve naquit Tardivaux.Tardivaux sur tous ses rivauxprévaut et Boylesve s’élève :Boylesve naquit Tardivauxpuis Tardivaux se fit Boylesve.
Que les à-peu-près de Willymon Dieu ! sont hilarantes choses !Savez-vous rien de plus jolique les à-peu-près de Willy ?Qui lit Willy voit abolisur-le-champ tous soucis morosesque les à-peu-près de Willymon Dieu ! sont hilarantes choses !
Barrés, rime riche d’Arès,de Lorraine est la forteresse.Jusqu’au bout il combat, Barrés,Barrés, rime riche d’Arès.Que Prévost, marchand de londrèsaux demi-vierges s’intéresse !Barrés, rime riche d’Arès,de Lorraine est la forteresse.
Muse en fleurs, ah ! ton favoric’était l’exquis Charles Derennes.Apollon toujours a souri,Muse en fleurs, à ton favori.Onc son esprit ne fut tari,source claire aux ondes sereines !Muse en fleurs, ah ! ton favoric’était l’exquis Charles Derennes.
Assez ! Assez ! ! Assez ! ! ! Assez ! ! ! !Arrêtez la danse macabre !Assez ! Assez ! ! Assez ! ! ! Assez ! ! ! !Passez, passez ! spectres glacés :Droz, Maupassant, Ferdinand Fabre !Assez ! Assez ! ! Assez ! ! ! Assez ! ! ! !Arrêtez la danse macabre !
119 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Géranium ovipare, Paris, JOSÉ CORTI, 1935· numérisation wikisource.org· Sources