Émaux et camées, 1872
Ce que disent les hirondelles
CHANSON D’AUTOMNE
Déjà plus d’une feuille sècheParsème les gazons jaunis ;Soir et matin, la brise est fraîche,Hélas ! les beaux jours sont finis !
On voit s’ouvrir les fleurs que gardeLe jardin, pour dernier trésor :Le dahlia met sa cocardeEt le souci sa toque d’or.
La pluie au bassin fait des bulles,Les hirondelles sur le toitTiennent des conciliabules :Voici l’hiver, voici le froid !
Elles s’assemblent par centaines,Se concertant pour le départ.L’une dit : « Oh ! que dans AthènesIl fait bon sur le vieux rempart !
« Tous les ans j’y vais et je nicheAux métopes du Parthénon.Mon nid bouche dans la cornicheLe trou d’un boulet de canon. »
L’autre : « J’ai ma petite chambreA Smyrne, au plafond d’un café.Les Hadjis comptent leurs grains d’ambreSur le seuil, d’un rayon chauffé.
« J’entre et je sors, accoutuméeAux blondes vapeurs des chibouchs,Et parmi des flots de fumée,Je rase turbans et tarbouchs. »
Celle-ci : « J’habite un triglypheAu fronton d’un temple, à Balbeck.Je m’y suspends avec ma griffeSur mes petits au large bec. »
Celle-là : « Voici mon adresse :Rhodes, palais des chevaliers ;Chaque hiver, ma tente s’y dresseAu chapiteau des noirs piliers. »
La cinquième : « Je ferai halte,Car l’âge m’alourdit un peu,Aux blanches terrasses de Malte,Entre l’eau bleue et le ciel bleu. »
La sixième : « Qu’on est à l’aiseAu Caire, en haut des minarets !J’empâte un ornement de glaise,Et mes quartiers d’hiver sont prêts. »
« A la seconde cataracte,Fait la dernière, j’ai mon nid ;J’en ai noté la place exacte,Dans le pschent d’un roi de granit. »
Toutes : « Demain combien de lieuesAuront filé sous notre essaim,Plaines brunes, pics blancs, mers bleuesBrodant d’écume leur bassin ! »
Avec cris et battements d’ailes,Sur la moulure aux bords étroits,Ainsi jasent les hirondelles,Voyant venir la rouille aux bois.
Je comprends tout ce qu’elles disent,Car le poëte est un oiseau ;Mais, captif, ses élans se brisentContre un invisible réseau !
Des ailes ! des ailes ! des ailes !Comme dans le chant de Ruckert,Pour voler, là-bas avec ellesAu soleil d’or, au printemps vert !
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a sèche / fraîche féminine, classiqueb jaunis / finis masculine, classiquea garde / cocarde féminine, classiqueb trésor / d’or masculine, classiquea bulles / conciliabules féminine, classiqueb toit / froid masculine, classiquea centaines / Athènes féminine, classiqueb départ / rempart masculine, classiquea niche / corniche féminine, classiqueb Parthénon / canon masculine, classiquea chambre / d’ambre féminine, classiqueb café / chauffé masculine, classiquea accoutumée / fumée féminine, classiqueb chibouchs / tarbouchs masculine, classiquea triglyphe / griffe féminine, classiqueb Balbeck / bec masculine, classiquea adresse / dresse féminine, classiqueb chevaliers / piliers masculine, classiquea halte / Malte féminine, classiqueb peu / bleu masculine, classiquea l’aise / glaise féminine, classiqueb minarets / prêts masculine, classiquea cataracte / exacte féminine, classiqueb nid / granit masculine, classiquea lieues / bleues féminine, classiqueb essaim / bassin masculine, classiquea d’ailes / hirondelles féminine, classiqueb étroits / bois masculine, classiquea disent / brisent féminine, classiqueb oiseau / réseau masculine, classiquea ailes / elles féminine, classiqueb Ruckert / vert masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Émaux et Camées, G. CHARPENTIER et E. FASQUELLE, 1895· numérisation Project Gutenberg· Sources