Émaux et camées, 1872
La bonne soirée
Quel temps de chien !— il pleut, il neigeLes cochers, transis sur leur siège,Ont le nez bleu.Par ce vilain soir de décembre,Qu’il ferait bon garder la chambre,Devant son feu !
A l’angle de la cheminéeLa chauffeuse capitonnéeVous tend les brasEt semble avec une caresseVous dire comme une maîtresse :« Tu resteras ! »
Un papier rose à découpures,Comme un sein blanc sous des guipures,Voile à demiLe globe laiteux de la lampeDont le reflet au plafond rampe,Tout endormi.
On n’entend rien dans le silenceQue le pendule qui balanceSon disque d’or,Et que le vent qui pleure et rôde,Parcourant, pour entrer en fraude,Le corridor.
C’est bal à l’ambassade anglaise ;Mon habit noir est sur la chaise,Les bras ballants ;Mon gilet bâille et ma chemiseSemble dresser, pour être mise,Ses poignets blancs.
Les brodequins à pointe étroiteMontrent leur vernis qui miroite,Au feu placés ;A côté des minces cravatesS’allongent comme des mains platesLes gants glacés.
Il faut sortir !— quelle corvée !Prendre la file à l’arrivéeEt suivre au pasLes coupés des beautés altièresPortant blasons sur leurs portièresEt leurs appas.
Rester debout contre une porteA voir se ruer la cohorteDes invités ;Les vieux museaux, les frais visages,Les fracs en cœur et les corsagesDécolletés ;
Les dos où fleurit la pustule,Couvrant leur peau rouge d’un tulleAérien ;Les dandys et les diplomates,Sur leurs faces à teintes mates,Ne montrant rien.
Et ne pouvoir franchir la haieDes douairières aux yeux d’orfraieOu de vautour,Pour aller dire à son oreillePetite, nacrée et vermeille,Un mot d’amour !
Je n’irai pas !— et ferai mettreDans son bouquet un bout de lettre,A l’Opéra.Par les violettes de Parme,La mauvaise humeur se désarme :Elle viendra !
J’ai là l’Intermezzo de Heine,Le Thomas Grain-d’orge de Taine,Les deux Goncourt,Le temps, jusqu’à l’heure où s’achèveSur l’oreiller l’idée en rêve,Me sera court.
Versification
- Forme
- 12 sizains (sizains)
- Rimes
- 12(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes et tétrasyllabes (48 de 8, 24 de 4)· profil 8, 4
- Strophes
- 12 sizains
- Mots à la rime
- a neige / siège féminine, classiqueb bleu / feu masculine, classiquec décembre / chambre féminine, classiquea cheminée / capitonnée féminine, classiqueb bras / resteras masculine, classiquec caresse / maîtresse féminine, classiquea découpures / guipures féminine, classiqueb demi / endormi masculine, classiquec lampe / rampe féminine, classiquea silence / balance féminine, classiqueb d’or / corridor masculine, classiquec rôde / fraude féminine, classiquea anglaise / chaise féminine, classiqueb ballants / blancs masculine, classiquec chemise / mise féminine, classiquea étroite / miroite féminine, classiqueb placés / glacés masculine, classiquec cravates / plates féminine, classiquea corvée / l’arrivée féminine, classiqueb pas / appas masculine, classiquec altières / portières féminine, classiquea porte / cohorte féminine, classiqueb invités / Décolletés masculine, classiquec visages / corsages féminine, classiquea pustule / tulle féminine, classiqueb Aérien / rien masculine, classiquec diplomates / mates féminine, classiquea haie / d’orfraie féminine, classiqueb vautour / d’amour masculine, classiquec oreille / vermeille féminine, classiquea mettre / lettre féminine, classiqueb l’Opéra / viendra masculine, classiquec Parme / désarme féminine, classiquea Heine / Taine féminine, classiqueb Goncourt / court masculine, classiquec s’achève / rêve féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Émaux et Camées, G. CHARPENTIER et E. FASQUELLE, 1895· numérisation Project Gutenberg· Sources