Émaux et camées, 1872
La nue
A l’horizon monte une nue,Sculptant sa forme dans l’azur :On dirait une vierge nueÉmergeant d’un lac au flot pur.
Debout dans sa conque nacrée,Elle vogue sur le bleu clair.Comme une Aphrodite éthérée,Faite de l’écume de l’air ;
On voit onder en molles posesSon torse au contour incertain,Et l’aurore répand des rosesSur son épaule de satin.
Ses blancheurs de marbre et de neigeSe fondent amoureusementComme, au clair-obscur du Corrége,Le corps d’Antiope dormant.
Elle plane dans la lumièrePlus haut que l’Alpe ou l’Apennin ;Reflet de la beauté première,Sœur de « l’éternel féminin ».
A son corps, en vain retenue,Sur l’aile de la passion,Mon âme vole à cette nueEt l’embrasse comme Ixion.
La raison dit : « Vague fumée,Où l’on croit voir ce qu’on rêva,Ombre au gré du vent déformée,Bulle qui crève et qui s’en va ! »
Le sentiment répond : « Qu’importe !Qu’est-ce après tout que la beauté ?Spectre charmant qu’un souffle emporteEt qui n’est rien, ayant été !
« A l’Idéal ouvre ton âme,Mets dans ton cœur beaucoup de ciel,Aime une nue, aime une femme,Mais aime !— C’est l’essentiel ! »
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a nue féminine, classiqueb l’azur / pur masculine, classiquea nacrée / éthérée féminine, classiqueb clair / l’air masculine, classiquea poses / roses féminine, classiqueb incertain / satin masculine, classiquea neige / Corrége féminine, classiqueb amoureusement / dormant masculine, équivalentea lumière / première féminine, classiqueb l’Apennin / féminin masculine, classiquea retenue / nue féminine, classiqueb passion / Ixion masculine, classiquea fumée / déformée féminine, classiqueb rêva / va masculine, classiquea Qu’importe / emporte féminine, classiqueb beauté / été masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb ciel / l’essentiel masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Émaux et Camées, G. CHARPENTIER et E. FASQUELLE, 1895· numérisation Project Gutenberg· Sources