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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Émaux et camées, 1872

Le poème de la femme

marbre de paros

Théophile Gautier· 19 quatrains, octosyllabes, 76 vers

Un jour, au doux rêveur qui l’aime,En train de montrer ses trésors,Elle voulut lire un poème,Le poème de son beau corps.

D’abord, superbe et triomphanteElle vint en grand apparat,Traînant avec des airs d’infanteUn flot de velours nacarat :

Telle qu’au rebord de sa logeElle brille aux Italiens,Écoutant passer son élogeDans les chants des musiciens

Ensuite, en sa verve d’artiste,Laissant tomber l’épais velours,Dans un nuage de batisteElle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l’épaule à la hanche,La chemise aux plis nonchalants,Comme une tourterelle blancheVint s’abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléomène,Elle semblait, marbre de chair,En Vénus AnadyomènePoser nue au bord de la mer.

De grosses perles de VeniseRoulaient au lieu de gouttes d’eau,Grains laiteux qu’un rayon irise,Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes chosesDans sa divine nudité,Avec les strophes de ses poses,Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sableSous la lune aux tremblants rayons,Sa grâce était intarissableEn molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d’art antique,De Phidias et de Vénus,Dans une autre stance plastiqueElle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,C’est la sultane du sérail,Riant au miroir qui l’admireAvec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,Avec son souple narguilhé,Étalant sa hanche opulente,Un pied sous l’autre replié,

Et comme l’odalisque d’Ingres,De ses reins cambrant les rondeurs,En dépit des vertus malingres,En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !Voici le tableau dans son jour,Le diamant dans sa lumière ;Voici la beauté dans l’amour !

Sa tête penche et se renverse ;Haletante, dressant les seins,Aux bras du rêve qui la berce,Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailesSur leurs globes d’argent bruni,Et l’on voit monter ses prunellesDans la nacre de l’infini.

D’un linceul de point d’AngleterreQue l’on recouvre sa beauté :L’extase l’a prise à la terre ;Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,Au lieu des tristes fleurs des mortsOù chaque perle est une larme,Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la poseSur son lit, tombeau blanc et doux,Où le poète, à la nuit close,Ira prier à deux genoux.

Versification

Forme
19 quatrains (quatrains)
Rimes
19(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
19 quatrains
Mots à la rime
a l’aime / poème féminine, classiqueb trésors / corps masculine, classiquea triomphante / d’infante féminine, classiqueb apparat / nacarat masculine, classiquea loge / éloge féminine, classiqueb Italiens / musiciens masculine, classiquea d’artiste / batiste féminine, classiqueb velours / contours masculine, classiquea hanche / blanche féminine, classiqueb nonchalants / blancs masculine, classiquea Cléomène / Anadyomène féminine, classiqueb chair / mer masculine, classiquea Venise / irise féminine, classiqueb d’eau / peau masculine, classiquea choses / poses féminine, classiqueb nudité / beauté masculine, classiquea sable / intarissable féminine, classiqueb rayons / ondulations masculine, classiquea antique / plastique féminine, classiqueb Vénus / nus masculine, classiquea Cachemire / l’admire féminine, classiqueb sérail / corail masculine, classiquea indolente / opulente féminine, classiqueb narguilhé / replié masculine, classiquea d’Ingres / malingres féminine, classiqueb rondeurs / pudeurs masculine, classiquea arrière / lumière féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquea renverse / berce féminine, classiqueb seins / coussins masculine, classiquea ailes / prunelles féminine, classiqueb bruni / l’infini masculine, classiquea d’Angleterre / terre féminine, classiqueb beauté / volupté masculine, classiquea Parme / larme féminine, classiqueb morts / corps masculine, classiquea pose / close féminine, classiqueb doux / genoux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Émaux et Camées, G. CHARPENTIER et E. FASQUELLE, 1895· numérisation Project Gutenberg· Sources