España, 1845· España
In Deserto
Les pitons des sierras,‖ les dunes du désert,Où ne pousse jamais‖ un seul brin d’herbe vert ;Les monts aux flancs zébrés‖ de tuf, d’ocre et de marne,Et que l’éboulement‖ de jour en jour décharne,Le grès plein de micas‖ papillotant aux yeux,Le sable sans profit‖ buvant les pleurs des cieux,Le rocher refrogné‖ dans sa barbe de ronce,L’ardente solfatare‖ avec la pierre-ponce,Sont moins secs et moins morts‖ aux végétationsQue le roc de mon cœur‖ ne l’est aux passions.Le soleil de midi,‖ sur le sommet aride,Répand à flots plombés‖ sa lumière livide,Et rien n’est plus lugubre‖ et désolant à voirQue ce grand jour frappant‖ sur ce grand désespoir.Le lézard pâmé bâille,‖ et parmi l’herbe cuiteOn entend résonner‖ les vipères en fuite.Là, point de marguerite‖ au cœur étoilé d’or,Point de muguet prodigue‖ égrenant son trésor ;Là, point de violette‖ ignorée et charmante,Dans l’ombre se cachant‖ comme une pâle amante,Mais la broussaille rousse‖ et le tronc d’arbre mort,Que le genou du vent,‖ comme un arc, plie et tord :Là, pas d’oiseau chanteur,‖ ni d’abeille en voyage,Pas de ramier plaintif‖ déplorant son veuvage ;Mais bien quelque vautour,‖ quelque aigle montagnard,Sur le disque enflammé‖ fixant son œil hagard,Et qui, du haut du pic‖ où son pied prend racine,Dans l’or fauve du soir‖ durement se dessine.Tel était le rocher‖ que Moïse, au désert,Toucha de sa baguette,‖ et dont le flanc ouvert,Tressaillant tout à coup,‖ fit jaillir en arcadeSur les lèvres du peuple‖ une fraîche cascade.Ah ! s’il venait à moi,‖ dans mon aridité,Quelque reine des cœurs,‖ quelque divinité,Une magicienne,‖ un Moïse femelle,Traînant dans le désert‖ les peuples après elle,Qui frappât le rocher‖ dans mon cœur endurci,Comme de l’autre roche,‖ on en verrait aussiSortir en jets d’argent‖ des eaux étincelantes,Où viendraient s’abreuver‖ les racines des plantes ;Où les pâtres errants‖ conduiraient leurs troupeauxPour se coucher à l’ombre‖ et prendre le repos ;Où, comme en un vivier,‖ les cigognes fidèlesPlongeraient leurs grands becs‖ et laveraient leurs ailes.
La Guardia.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a désert / vert masculine, classiqueb marne / décharne féminine, classiquea yeux / cieux masculine, classiqueb ronce / pierre-ponce féminine, classiquea végétations / passions masculine, classiqueb aride / livide féminine, classiquea voir / désespoir masculine, classiqueb cuite / fuite féminine, classiquea d’or / trésor masculine, classiqueb charmante / amante féminine, classiquea mort / tord masculine, classiqueb voyage / veuvage féminine, classiquea montagnard / hagard masculine, classiqueb racine / dessine féminine, classiquea désert / ouvert masculine, classiqueb arcade / cascade féminine, classiquea aridité / divinité masculine, classiqueb femelle / elle féminine, classiquea endurci / aussi masculine, classiqueb étincelantes / plantes féminine, classiquea troupeaux / repos masculine, classiqueb fidèles / ailes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Second, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1890· numérisation Project Gutenberg· Sources