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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

España, 1845· España

Les trois graces de grenade

Théophile Gautier· distiques, alexandrins, 58 vers

A vous, Martirio,‖ Dolorès, Gracia,Sœurs de beauté, bouquet‖ de la tertulia,Que tout fin cavalier‖ nomme à la promenadeLes Nymphes du Jénil,‖ les perles de Grenade,A vous ces vers écrits‖ en langage inconnuPar l’étranger de France‖ à l’Alhambra venu,Où votre nom, seul mot‖ que vous y saurez lire,Attirera vos yeux‖ et vous fera sourire,Si, franchissant flots bleus‖ et monts aux blonds sommets,Ce livre jusqu’à vous‖ peut arriver jamais.

Douce Martirio,‖ je crois te voir encore,Fraîche à faire jaunir‖ les roses de l’aurore,Dans ton éclat vermeil,‖ dans ta fleur de beauté,Comme une pêche intacte‖ au duvet velouté,Avec tes yeux nacrés,‖ ciel aux astres d’ébène,Et ta bouche d’œillet‖ épanouie à peine,Si petite vraiment‖ qu’on n’y saurait poser,Même quand elle rit,‖ que le quart d’un baiser.Je te vois déployant‖ ta chevelure brune,Et nous questionnant‖ pour savoir si quelqu’uneDans notre France avait‖ les cheveux assez longs,Pour filer d’un seul jet‖ de la nuque aux talons.Et toi qui demeurais,‖ ainsi qu’une sultane,Dans un palais moresque‖ aux murs de filigrane,Dolorès, belle enfant‖ à l’œil déjà rêveur,Que nous reconduisions,‖ — ô la douce faveur !Sans duègne revêche‖ et sans parents moroses,Prés du Généralife‖ où sont les lauriers-roses,Te souvient-il encor‖ de ces deux étrangersQui demandaient toujours‖ à voir les orangers,Les boleros dansés‖ au son des séguidilles,Les basquines de soie‖ et les noires mantilles ?Nous parlions l’espagnol‖ comme toi le français,Nous commencions les mots‖ et tu les finissais,Et, malgré notre accent‖ au dur jota rebelle,Tu comprenais très-bien‖ que nous te trouvions belle.

Quoiqu’il fît nuit, le ciel‖ brillait d’un éclat pur,Cent mille astres, fleurs d’or,‖ s’entr’ouvraient dans l’azurEt, de son arc d’argent‖ courbant les cornes blanches,La lune décochait‖ ses flèches sous les branches ;La neige virginale‖ et qui ne fond jamaisScintillait vaguement‖ sur les lointains sommets,Et du ciel transparent‖ tombait un jour bleuâtreQui, baignant ton front pur‖ des pâleurs de l’albâtre,Te faisait ressembler‖ à la jeune périRevenant visiter‖ son Alhambra chéri.

Pour toi les derniers vers,‖ toi que j’aurais aimée,Gracia, tendre fleur‖ dont mon âme charmée,Pour l’avoir respirée‖ un moment, garderaUn long ressouvenir‖ qui la parfumera.Comment peindre tes yeux‖ aux paupières arquées,Tes tempes couleur d’or,‖ de cheveux noirs plaquées.Ta bouche de grenade‖ où luit le feu vermeilQue dans le sang du More‖ alluma le soleil ?L’Orient tout entier‖ dans tes regards rayonne,Et bien que Gracia‖ soit le nom qu’on te donne,Et que jamais objet‖ n’ait été mieux nommé,Tu devrais t’appeler‖ Zoraïde ou Fatmé !

Grenade, 184..

Versification

Forme
Distiques
Rimes
29((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
4 distiques
Mots à la rime
a Gracia / tertulia masculineb promenade / Grenade fémininea inconnu / venu masculineb lire / sourire fémininea sommets / jamais masculineb encore / l’aurore fémininea beauté / velouté masculineb d’ébène / peine fémininea poser / baiser masculineb brune / quelqu’une fémininea longs / talons masculineb sultane / filigrane fémininea rêveur / faveur masculineb moroses / lauriers-roses fémininea étrangers / orangers masculineb séguidilles / mantilles fémininea français / finissais masculineb rebelle / belle fémininea pur / l’azur masculineb blanches / branches fémininea jamais / sommets masculineb bleuâtre / l’albâtre fémininea péri / chéri masculineb aimée / charmée fémininea gardera / parfumera masculineb arquées / plaquées fémininea vermeil / soleil masculineb rayonne / donne fémininea nommé / Fatmé masculine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Second, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1890· numérisation Project Gutenberg· Sources