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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies diverses, 1833-1838, 1838

Terza rima

Théophile Gautier· terza rima classique, alexandrins, 40 vers

Quand Michel-Ange eut peint‖ la chapelle Sixtine,Et que de l’échafaud,‖ sublime et radieux,Il fut redescendu‖ dans la cité latine,

Il ne pouvait baisser‖ ni les bras ni les yeux,Ses pieds ne savaient pas‖ comment marcher sur terre ;Il avait oublié‖ le monde dans les cieux.

Trois grands mois il garda‖ cette attitude austère,On l’eût pris pour un ange‖ en extase devantLe saint triangle d’or,‖ au moment du mystère.

Frère, voila pourquoi‖ les poëtes, souvent,Buttent à chaque pas‖ sur les chemins du monde ;Les yeux fichés au ciel‖ ils s’en vont en rêvant.

Les anges secouant‖ leur chevelure blonde,Penchent leur front sur eux‖ et leur tendent les bras,Et les veulent baiser‖ avec leur bouche ronde.

Eux marchent au hasard‖ et font mille faux pas ;Ils cognent les passants,‖ se jettent sous les roues,Ou tombent dans des puits‖ qu’ils n’aperçoivent pas.

Que leur font les passants,‖ les pierres et les boues ?Ils cherchent dans le jour‖ le rêve de leurs nuits,Et le jeu du désir‖ leur empourpre les joues.

Ils ne comprennent rien‖ aux terrestres ennuis,Et, quand ils ont fini‖ leur chapelle Sixtine,Ils sortent rayonnants‖ de leurs obscurs réduits.

Un auguste reflet‖ de leur œuvre divineS’attache à leur personne‖ et leur dore le front,Et le ciel qu’ils ont vu‖ dans leurs yeux se devine.

Les nuits suivront les jours‖ et se succéderont,Avant que leurs regards‖ et leurs bras ne s’abaissent,Et leurs pieds, de longtemps,‖ ne se raffermiront.

Tous nos palais sous eux‖ s’éteignent et s’affaissent ;Leur âme, à la coupole‖ où leur œuvre reluit,Revole, et ce ne sont‖ que leurs corps qu’ils nous laissent.

Notre jour leur paraît‖ plus sombre que la nuit ;Leur œil cherche toujours‖ le ciel bleu de la fresque,Et le tableau quitté‖ les tourmente et les suit.

Comme Buonarotti,‖ le peintre gigantesque,Ils ne peuvent plus voir‖ que les choses d’en haut,Et que le ciel de marbre‖ où leur front touche presque.

Sublime aveuglement ?‖ magnifique défaut !

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
13(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a Sixtine / latine féminine, classiqueb radieux / yeux / cieux masculine, classiquec terre / austère / mystère féminine, classiquea devant / souvent / rêvant masculine, classiqueb monde / blonde / ronde féminine, classiquec bras / pas masculine, classiquea roues / boues / joues féminine, classiqueb nuits / ennuis / réduits masculine, classiquec Sixtine / divine / devine féminine, classiquea front / succéderont / raffermiront masculine, classiqueb s’abaissent / s’affaissent / laissent féminine, classiquec reluit / nuit / suit masculine, classiquea fresque / gigantesque / presque féminine, classiqueb haut / défaut masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome premier, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1889· numérisation Project Gutenberg· Sources