Poésies nouvelles, poésies inédites et poésies posthumes, 1872
Le bédouin et la mer
Pour la première fois,‖ voyant la mer à Bone,Un Bédouin du désert,‖ venu d’El-Kantara,Comparait cet azur‖ à l’immensité jaune,Que piquent de points blancs‖ Tuggurt et Biskara,
Et disait, étonné,‖ devant l’humide plaine :« Cet espace sans borne,‖ est-ce un Sahara bleu,Plongé, comme l’on fait‖ d’un vêtement de laine,Dans la cuve du ciel‖ par un teinturier dieu ? »
Puis, s’approchant du bord,‖ où, lasses de leurs luttes,Les vagues, retombant‖ sur le sable poli,Comme un chapiteau grec‖ contournaient leurs volutesEt d’un feston d’argent‖ s’ourlaient à chaque pli :
« C’est de l’eau ! cria-t-il ;‖ qui jamais l’eût pu croire ?Ici, là-bas, plus loin,‖ de l’eau, toujours, encor !Toutes les soifs du monde‖ y trouveraient à boireSans rien diminuer‖ du transparent trésor ;
« Quand même le chameau,‖ tendant son col d’autruche,La cavale, dans l’auge‖ enfonçant ses naseaux,Et la vierge noyant‖ les flancs blonds de sa cruche,Puiseraient à la fois‖ au saphir de ses eaux ! »
Et le Bédouin, ravi,‖ voulut tremper sa lèvreDans le cristal salé‖ de la coupe des mers :« C’était trop beau, dit-il ;‖ d’un tel bien Dieu nous sèvre,Et ces flots sont trop purs‖ pour n’être pas amers ! »
1846.
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a Bone / jaune féminine, classiqueb d’El-Kantara / Biskara masculine, équivalentea plaine / laine féminine, classiqueb bleu / dieu masculine, classiquea luttes / volutes féminine, classiqueb poli / pli masculine, classiquea croire / boire féminine, classiqueb encor / trésor masculine, classiquea d’autruche / cruche féminine, classiqueb naseaux / eaux masculine, classiquea lèvre / sèvre féminine, classiqueb mers / amers masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Second, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1890· numérisation Project Gutenberg· Sources