Poésies nouvelles, poésies inédites et poésies posthumes, 1872
Nativité
Au vieux palais des Tuileries,Chargé déjà d’un grand destin,Parmi le luxe et les féeriesUn Enfant est né ce matin.
Aux premiers rayons de l’aurore,Dans les rougeurs de l’Orient,Quand la ville dormait encore,Il est venu, frais et riant,
Faisant oublier à sa mèreLes croix de la maternité,Et réalisant la chimèreDu pouvoir et de la beauté.
Les cloches à pleines voléesChantent aux quatre points du ciel ;Joyeusement leurs voix ailéesDisent aux vents : Noël, Noël !
Et le canon des Invalides,Tonnerre mêlé de rayons,Fait partout aux foules avidesCompter ses détonations.
Au bruit du fracas insoliteQui fait trembler son piédestal,S’émeut le glorieux styliteSur son bronze monumental.
Les aigles du socle s’agitent,Essayant de prendre leur vol,Et leurs ailes d’airain palpitentComme au jour de Sébastopol.
Mais ce n’est pas une victoireQue chantent cloches et canons,Sur l’Arc de Triomphe, l’HistoireNe sait plus où graver des noms !
C’est un Jésus à tête blondeQui porte en sa petite main,Pour globe bleu la paix du monde,Et le bonheur du genre humain.
Sa crèche est faite en bois de rose,Ses rideaux sont couleur d’azur ;Paisible en sa conque il repose,Car : Fluctuat nec mergitur.
Sur lui la France étend son aile ;A son nouveau-né, pour berceau,Délicatesse maternelle,Paris a prêté son vaisseau.
Qu’un bonheur fidèle accompagneL’Enfant impérial qui dort,Blanc comme les jasmins d’Espagne,Blond comme les abeilles d’or !
Oh ! quel avenir magnifiquePour son enfant a préparéLe Napoléon pacifique,Par le vœu du peuple sacré !
Jamais les discordes civilesN’y feront, pour des plans confus,Sur l’inégal pavé des villesDes canons sonner les affûts.
Car la France, Reine avouéeParmi les peuples, a reprisLe nom de « France la louée, »Que lui donnaient les vieux écrits.
Futur César, quelles merveillesSurprendront tes yeux éblouis,Que cherchaient en vain dans leurs veillesFrançois, Henri-Quatre et Louis !
A ton premier regard, le Louvre,Profil toujours inachevé,En perspective se découvre ;Tu verras ce qu’on a rêvé !
Paris, l’égal des Babylones,Dentelant le manteau des cieuxDe dômes, de tours, de pylônes,Entassement prodigieux,
Au centre d’une roue immenseDe chemins de fer rayonnants,Où tout finit et tout commence,Mecque des peuples bourdonnants !
Civilisation géante,Oh ! quels miracles tu ferasDans la cité toujours béanteAvec l’acier de tes cent bras !
Isis, laissant lever ses voiles,N’aura plus de secrets pour nous,La Paix, au front cerclé d’étoiles,Bercera l’Art sur ses genoux ;
L’Ignorance, aux longues oreilles,Bouchant ses yeux pour ne pas voir,Devant ces splendeurs non pareillesSe verra réduite à savoir ;
Et Toi, dans l’immensité sombre,Avec un respect filial,Au milieu des soleils sans nombreCherche au ciel l’astre impérial ;
Suis bien le sillon qu’il te marque,Et vogue, fort du souvenir,Dans ton berceau devenu barqueSur l’océan de l’avenir !
16 mars 1856, midi.
Versification
- Forme
- 24 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 24(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 24 quatrains
- Mots à la rime
- a Tuileries / féeries féminine, classiqueb destin / matin masculine, classiquea l’aurore / encore féminine, classiqueb l’Orient / riant masculine, classiquea mère / chimère féminine, classiqueb maternité / beauté masculine, classiquea volées / ailées féminine, classiqueb ciel / Noël masculine, classiquea Invalides / avides féminine, classiqueb rayons / détonations masculine, classiquea insolite / stylite féminine, classiqueb piédestal / monumental masculine, classiquea s’agitent / palpitent féminine, classiqueb vol / Sébastopol masculine, classiquea victoire / l’Histoire féminine, classiqueb canons / noms masculine, classiquea blonde / monde féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquea rose / repose féminine, classiqueb d’azur / mergitur masculine, classiquea aile / maternelle féminine, classiqueb berceau / vaisseau masculine, classiquea accompagne / d’Espagne féminine, classiqueb dort / d’or masculine, non classiquea magnifique / pacifique féminine, classiqueb préparé / sacré masculine, classiquea civiles / villes féminine, classiqueb confus / affûts masculine, classiquea avouée / louée féminine, classiqueb repris / écrits masculine, classiquea merveilles / veilles féminine, classiqueb éblouis / Louis masculine, classiquea Louvre / découvre féminine, classiqueb inachevé / rêvé masculine, classiquea Babylones / pylônes féminine, classiqueb cieux / prodigieux masculine, équivalentea immense / commence féminine, classiqueb rayonnants / bourdonnants masculine, classiquea géante / béante féminine, classiqueb feras / bras masculine, classiquea voiles / d’étoiles féminine, classiqueb nous / genoux masculine, classiquea oreilles / pareilles féminine, classiqueb voir / savoir masculine, classiquea sombre / nombre féminine, classiqueb filial / impérial masculine, classiquea marque / barque féminine, classiqueb souvenir / l’avenir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
96 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Second, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1890· numérisation Project Gutenberg· Sources