Poésies, 1833
Les souhaits
… Quelque bonne fée Urgèl
Promettant palais et trésors
Au filleul mis sous sa tutelle,
Pour te promener t’aurait-elle
Ravi sur son nuage d’or.Joseph Delorme.
Si quelque jeune fée‖ à l’aile de saphir,Sous une sombre et fraîche arcade,Blanche comme un reflet‖ de la perle d’Ophir,Surgissait à mes yeux,‖ au doux bruit du zéphyrDe l’écume de la cascade,
Me disant : Que veux-tu ?‖ larges coffres pleins d’or,Palais immenses, pierreries ?Parle ; mon art est grand :‖ te faut-il plus encor ?Je te le donnerai ;‖ je puis faire un trésorD’un vil monceau d’herbes flétries ;
Je lui dirais : Je veux‖ un ciel riant et purRéfléchi par un lac limpide,Je veux un beau soleil‖ qui luise dans l’azur,Sans que jamais brouillard,‖ vapeur, nuage obscurNe voilent son orbe splendide ;
Et pour bondir sous moi‖ je veux un cheval blanc,Enfant léger de l’Arabie,A la crinière longue,‖ à l’œil étincelant,Et, comme l’hippogriffe,‖ en une heure volantDe la Norwége à la Nubie ;
Je veux un kiosque rouge,‖ aux minarets dorés,Aux minces colonnes d’albâtre,Aux fantasques arceaux,‖ d’œufs pendant décorés,Aux murs de mosaïque,‖ aux vitraux colorésPar où se glisse un jour bleuâtre ;
Et quand il fera chaud,‖ je veux un bois mouvantDe sycomores et d’yeuses,Qui me suive partout‖ au souffle d’un doux vent,Comme un grand éventail‖ sans cesse soulevantSes masses de feuilles soyeuses.
Je veux une tartane‖ avec ses matelots,Ses cordages, ses blanches voilesEt son corset de cuivre‖ où se brisent les flots,Qui me berce le long‖ de verdoyants îlotsAux molles lueurs des étoiles.
Je veux soir et matin‖ m’éveiller, m’endormirAu son de voix italiennes,Et pendant tout le jour‖ entendre au loin frémirLe murmure plaintif‖ des eaux du Bendemir,Ou des harpes éoliennes ;
Et je veux, les seins nus,‖ une Almée agitantSon écharpe de cachemireAu-dessus de son front‖ de rubis éclatant,Des spahis, un harem,‖ comme un riche sultanOu de Bagdad ou de Palmyre.
Je veux un sabre turc,‖ un poignard indienDont le manche de saphirs brille ;Mais surtout je voudrais‖ un cœur fait pour le mien,Qui le sentît, l’aimât,‖ et qui le comprît bien,Un cœur naïf de jeune fille !
Versification
- Forme
- 10 quintils (quintils)
- Rimes
- 10(abaab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (30 de 12, 20 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 10 quintils
- Mots à la rime
- a saphir / d’Ophir / zéphyr masculine, classiqueb arcade / cascade féminine, classiquea d’or / encor / trésor masculine, classiqueb pierreries / flétries féminine, classiquea pur / l’azur / obscur masculine, classiqueb limpide / splendide féminine, classiquea blanc / étincelant / volant masculine, classiqueb l’Arabie / Nubie féminine, classiquea dorés / décorés / colorés masculine, classiqueb d’albâtre / bleuâtre féminine, classiquea mouvant / vent / soulevant masculine, classiqueb d’yeuses / soyeuses féminine, classiquea matelots / flots / îlots masculine, classiqueb voiles / étoiles féminine, classiquea m’endormir / frémir / Bendemir masculine, classiqueb italiennes / éoliennes féminine, classiquea agitant / éclatant / sultan masculine, classiqueb cachemire / Palmyre féminine, classiquea indien / mien / bien masculine, classiqueb brille / fille féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Premier, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1889· numérisation Project Gutenberg· Sources