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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1833

Voyage

Théophile Gautier· 9 huitains, octosyllabes, 72 vers

Il me faut du nouveau n’en fût-il plus au monde.Jean de La Fontaine.

Au travers de la vitre blancheLe soleil rit, et sur les mursTraçant de grands angles, épancheSes rayons splendides et purs :Par un si beau temps, à la villeRester parmi la foule vile !Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, sellez vos chevaux.

Au sein d’un nuage de poudre,Par un galop précipité,Aussi promptement que la foudreComme il est doux d’être emporté !Le sable bruit sous la roue,Le vent autour de vous se joue ;Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, pressez vos chevaux.

Les arbres qui bordent la routeParaissent fuir rapidement,Leur forme obscure dont l’œil douteNe se dessine qu’un moment ;Le ciel, tel qu’une banderole,Par-dessus les bois roule et vole ;Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, pressez vos chevaux.

Chaumières, fermes isolées,Vieux châteaux que flanque une tour,Monts arides, fraîches vallées,Forêts se suivent tour à tour ;Parfois au milieu d’une brume,Un ruisseau dont la chute écume ;Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, pressez vos chevaux.

Puis, une hirondelle qui passe,Rasant la grève au sable d’or,Puis, semés dans un large espace,Les moutons d’un berger qui dort ;De grandes perspectives bleues,Larges et longues de vingt lieues ;Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, pressez vos chevaux.

Une montagne : l’on enraye,Au bord du rapide penchantD’un mont dont la hauteur effraye :Les chevaux glissent en marchant,L’essieu grince, le pavé fume,Et la roue un instant s’allume ;Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, pressez vos chevaux.

La côte raide est descendue.Recouverte de sable fin,La route, à chaque instant perdue,S’étend comme un ruban sans fin.Que cette plaine est monotone !On dirait un matin d’automne,Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, pressez vos chevaux.

Une ville d’un aspect sombre,Avec ses tours et ses clochersQui montent dans les airs, sans nombre,Comme des mâts ou des rochers,Où mille lumières flamboientAu sein des ombres qui la noient ;Je veux voir des sites nouveaux :Postillons, pressez vos chevaux !

Mais ils sont las, et leurs narines,Rouges de sang, soufflent du feu ;L’écume inonde leurs poitrinesIl faut nous arrêter un peu.Halte ! demain, plus vite encore,Aussitôt que poindra l’aurore,Postillons, pressez vos chevaux,Je veux voir des sites nouveaux.

Versification

Forme
9 huitains (huitains)
Rimes
9(ababccdd)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
9 huitains
Mots à la rime
a blanche / épanche féminine, classiqueb murs / purs masculine, classiquec ville / vile féminine, classiqued nouveaux / chevaux masculine, classiquea poudre / foudre féminine, classiqueb précipité / emporté masculine, classiquec roue / joue féminine, classiquea route / doute féminine, classiqueb rapidement / moment masculine, classiquec banderole / vole féminine, classiquea isolées / vallées féminine, classiqueb tour masculine, classiquec brume / écume féminine, classiquea passe / espace féminine, classiqueb d’or / dort masculine, non classiquec bleues / lieues féminine, classiquea enraye / effraye féminine, classiqueb penchant / marchant masculine, classiquec fume / s’allume féminine, classiquea descendue / perdue féminine, classiqueb fin masculine, classiquec monotone / d’automne féminine, classiquea sombre / nombre féminine, classiqueb clochers / rochers masculine, classiquec flamboient / noient féminine, classiquea narines / poitrines féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquec encore / l’aurore féminine, classiqued chevaux / nouveaux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Premier, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1889· numérisation Project Gutenberg· Sources