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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Fer rouge, 1870

XVIII. Aux paysans de l’Eure

Albert Glatigny· 26 quatrains, octosyllabes, 104 vers

Sache-le, paysan, la terreQue tu vois n’est pas seulementLa matrice où, dans le mystère,Germe la vie en pur froment.

Ce n’est pas seulement de l’orgeDu trèfle pour tes bestiaux,Ou du minerai pour ta forge,Du bois pour tes matériaux.

C’est mieux encor, c’est la patrie,La patrie, entends-tu ? Le solD’où vers la lumière fleurieL’âme immortelle prend son vol.

C’est la tombe verte où ton pèreNe se sent pas abandonné ;Le lieu saint qui te dit : espère !Le berceau de ton premier né !

Ô paysan de Normandie !Te faut-il répéter cela,Fils de Rollon, race hardieQue toute aventure appela ?

Prends ton fusil, entre en campagne,Dépouille les doutes amers,Toi qui fis trembler Charlemagne,Ô mon vieil écumeur de mers !

Le prussien hurle à ta porte,Prends ton fusil. Ne reste pas,Comme si ton âme était morte,Inerte et te croisant les bras.

Prends ton fusil, saisis ta fourche !Derrière les bois, les récifs,Embusque-toi ! Sois brave ; enfourcheTon vieux cheval aux reins massifs.

Ô paysan ! Tu m’épouvantes ;Est-ce que tu n’as plus de cœur ?Ainsi que les pâles servantes,Ne sais-tu que blêmir de peur ?

À l’heure où la France oppresséeLutte avec les cieux pour témoins,Tu sembles n’avoir de penséeQue pour ton bétail et tes foins.

Ah ! Pauvre brute de l’empire,Réveille-toi ! Ne sens-tu pasQue c’est l’heure où chacun respireL’air enflammé des grands combats ?

Ah ! Par pitié pour toi, secoueCet horrible engourdissement,Qu’un peu de sang monte à ta joue,Le reste du pur sang normand !

Rien qu’à ton aspect, on ricane ;On dit : « Il n’est bon, à présent,Qu’aux batailles de la chicane,Ce gars narquois, au bras pesant.

Pourvu qu’il vende et qu’il trafique,Il trouve tout bien. Il est doux.C’est un bonhomme pacifiqueQui ne s’expose point aux coups.

Que l’auguste France périsse,Pâle, dans les plis du drapeau,Bah ! Qu’importe à son avarice !Il dort tranquille dans sa peau. »

Voilà ce que l’on dit, ô honte !Dis qu’on a menti. Prouve-nousQue ta main est solide et prompteÀ servir un mâle courroux.

Trop longtemps, machine rustiqueAux mains du maire et du curé,Dans l’obéissance gothique,Ô paysan ! Tu t’es muré.

Sois homme, enfin ! Ouvre ton êtreAux libres aspirations.Le clair soleil vient de renaître,Répudîras-tu ses rayons ?

Culbutant les troupeaux servilesGuidés par Tropmann empereur,Ton frère, l’ouvrier des villes,T’enseigne la sainte fureur.

Vois donc un peu comme il bousculeCe trône qui t’éblouissait,Comment il peut, nouvel Hercule,Dire au crime : « qu’est-ce que c’est ? »

Comment, au poltron qui lui montreLe toit paisible où l’on s’endortÀ l’abri de toute rencontre,Il dit : « Être libre d’abord ! »

Allons donc, paysan, aux armes !Assez de regrets superflus.Des plaintes encore ? Des larmes ?Mais les femmes n’en veulent plus !

Rachète ta lâche inertie,Tes votes honteux, la torpeurQui te faisait voir un messieDans l’épouvantable trompeur,

Dans cet immonde BonaparteQui maintenant porte à son cou,En gros traits, sur une pancarte,L’arrêt qui le sacre filou !

Allons, aux armes ! L’heure presse.L’ennemi gronde. Il faut agir.Devant la France qui se dresseIl faut n’avoir pas à rougir !

Et si la terre mal fuméePendant un mois, se plaint, eh bien !À cette robuste affamée,Donne du guano prussien !

12 octobre.

Versification

Forme
26 quatrains (quatrains)
Rimes
26(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
26 quatrains
Mots à la rime
a terre / mystère féminine, classiqueb seulement / froment masculine, classiquea l’orge / forge féminine, classiqueb bestiaux / matériaux masculine, classiquea patrie / fleurie féminine, classiqueb sol / vol masculine, classiquea père / espère féminine, classiqueb abandonné / né masculine, classiquea Normandie / hardie féminine, classiqueb cela / appela masculine, classiquea campagne / Charlemagne féminine, classiqueb amers / mers masculine, classiquea porte / morte féminine, classiqueb pas / bras masculine, classiquea fourche / enfourche féminine, classiqueb récifs / massifs masculine, classiquea m’épouvantes / servantes féminine, classiqueb cœur / peur masculine, classiquea oppressée / pensée féminine, classiqueb témoins / foins masculine, classiquea l’empire / respire féminine, classiqueb pas / combats masculine, classiquea secoue / joue féminine, classiqueb engourdissement / normand masculine, classiquea ricane / chicane féminine, classiqueb présent / pesant masculine, classiquea trafique / pacifique féminine, classiqueb doux / coups masculine, classiquea périsse / avarice féminine, classiqueb drapeau / peau masculine, classiquea honte / prompte féminine, classiqueb Prouve-nous / courroux masculine, classiquea rustique / gothique féminine, classiqueb curé / muré masculine, classiquea être / renaître féminine, classiqueb aspirations / rayons masculine, classiquea serviles / villes féminine, classiqueb empereur / fureur masculine, classiquea bouscule / Hercule féminine, classiqueb t’éblouissait / c’est masculine, classiquea montre / rencontre féminine, classiqueb s’endort / d’abord masculine, classiquea armes / larmes féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquea inertie / messie féminine, classiqueb torpeur / trompeur masculine, classiquea Bonaparte / pancarte féminine, classiqueb cou / filou masculine, classiquea presse / dresse féminine, classiqueb agir / rougir masculine, classiquea fumée / affamée féminine, classiqueb bien / prussien masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

104 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Fer rouge, Bruxelles, Poulet-Malassis, 1870· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources