Le Fer rouge, 1870
I. Le retour
C’est toi, chère exilée !‖ Oh ! Laisse que j’adoreTa figure divine‖ où rayonne l’aurore,Ô république, amour‖ vivace de nos cœurs !La fosse où, dix-huit ans,‖ de sinistres vainqueursT’ont murée, est ouverte,‖ et tu viens, souriante,Claire étoile aux rayons‖ de qui tout s’oriente !Les tombeaux ne t’ont rien‖ laissé de leur pâleur ;Tu viens la lèvre fière‖ et le visage en fleur,Tes beaux cheveux au vent,‖ comme en quatre-vingt-douze,Dire au monde : « ouvre-moi‖ tes bras, je suis l’épouse,Je suis la fiancée !‖ Aimons-nous ! Nous allonsPar le bois, par la plaine‖ et par les noirs vallonsÉpouvanter encor‖ ceux qui me croyaient morte.Nous allons retrouver‖ la France libre et forte,Dont le regard, hâtant‖ les lenteurs du berceau,En tirait ces enfants‖ sacrés, Hoche et Marceau !Les rois font leur métier‖ en vendant la patrie ;Nous la leur reprendrons,‖ toujours belle, inflétrie.Nous balaîrons encor‖ ces louches majestés,Ces demi-dieux poussahs,‖ aux doigts ensanglantés,Qu’on appelle césars,‖ rois, empereurs, que sais-je ?Le sol redeviendra‖ vierge comme la neigeDes glaciers éternels,‖ partout où nous auronsFait retentir le chant‖ triomphal des clairons !Oh ! Lorsqu’on entendra‖ mon rire de gauloise,Ce rire dont l’éclat‖ printanier apprivoiseLes lions du désert,‖ comme l’espoir joyeuxRentrera dans les cœurs‖ sombres et soucieux,Et comme on redira‖ follement sous les chênes :Les tyrans sont vaincus,‖ l’homme n’a plus de chaînes ! »Oui, c’est toi ! C’est ta voix‖ pure qui, ce matin,A réveillé l’écho‖ de son timbre argentin.Oh ! Je doutais ! En proie‖ à l’angoisse mortelle ;Nous demandions depuis‖ si longtemps « viendra-t-elle ? »Hélas ! Nous t’attendions‖ si désespérément,Que nous disions : « encore‖ un songe qui nous ment ! »C’était bien toi pourtant,‖ république, ô guerrière !Qui nous apparaissais‖ dans un flot de lumière.Tu savais ton pays‖ presque désespéré ;Alors, brisant du poing‖ le sépulcre effaréQu’avait fermé sur toi‖ la main d’un bandit corse,Tu surgis dans ta grâce‖ auguste et dans ta force,En criant : « me voici !‖ Peuple, espère et combats ! »Va, nous te garderons !‖ Va, si tu succombasPour avoir, dans ta foi‖ divinement sincère,Pensé qu’un prince peut‖ n’être pas un corsaire,Qu’un serment est sacré,‖ que l’honneur luit pour tous,Sois tranquille, à présent‖ nous prendrons garde à nous.Te voilà revenue.‖ Il suffit. Qu’on te voieEncor, encor, toujours,‖ messagère de joie !Que mon regard s’enivre‖ à force de te voir !Rappelle-nous les mots‖ presque oubliés : devoir,liberté, dévoûment,‖ amour, paix et concorde.Ô bonheur du retour !‖ Comme le cœur déborde,Et comme l’air se teint‖ d’azur, de pourpre et d’or ! …Ô république ! Si‖ Barbès vivait encor !
5 septembre.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 28((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a j’adore / l’aurore féminine, classiqueb cœurs / vainqueurs masculine, classiquea souriante / s’oriente féminine, classiqueb pâleur / fleur masculine, classiquea quatre-vingt-douze / l’épouse féminine, classiqueb allons / vallons masculine, classiquea morte / forte féminine, classiqueb berceau / Marceau masculine, classiquea patrie / inflétrie féminine, classiqueb majestés / ensanglantés masculine, classiquea sais-je / neige féminine, classiqueb aurons / clairons masculine, classiquea gauloise / apprivoise féminine, classiqueb joyeux / soucieux masculine, classiquea chênes / chaînes féminine, classiqueb matin / argentin masculine, classiquea mortelle / viendra-t-elle féminine, classiqueb désespérément / ment masculine, classiquea guerrière / lumière féminine, classiqueb désespéré / effaré masculine, classiquea corse / force féminine, classiqueb combats / succombas masculine, classiquea sincère / corsaire féminine, classiqueb tous / nous masculine, classiquea voie / joie féminine, classiqueb voir / devoir masculine, classiquea concorde / déborde féminine, classiqueb d’or / encor masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Fer rouge, Bruxelles, Poulet-Malassis, 1870· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources