Au pays de Manneken-pis, 1883
Au Petit-Paris
LES blancs-becs au Petit-ParisMênent, le soir, leurs amoureuses.Au bras de ces vagues marisElles se pendent, langoureuses.
Ils recherchent les pans de nuitOu pas un bec de gaz ne dresseL’ardente tulipe qui nuitA leur ombrageuse tendresse.
Dans les fumets de bœuf-braiséEt de pomme-de-terre frite,On entend l’aile du baiserBattre au long du mur qui s’effrite.
Pimentant le miel des aveux,Au sein de l’ombre les grogs fument :Les confidences s’y parfument,Les doigts deviennent plus nerveux.
Sans souci des mines fûtéesDu garçon en clair tablier,Bien des caresses sont flûtées…Les amants peuvent s’oublier.
Parfois un morceau de musiqueVenu du Waux-Hall sur le vent,Souligne le serment classiqueAuquel on manque si souvent !
Et jusqu’au jour, Voglet, l’aveugle,Nu-crâne pour ces chenapans,Râcle sa contrebasse et beugleParmi les couples sans tympans.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources