Au pays de Manneken-pis, 1883
Ballade du jour de repos
JE hais le dimanche clinquantEt son vol de coquecigrues.Le bourgeois passe remorquantSa moitié tendre, ses verruesEt ses demoiselles, — ces gruesQue sans nul désir nous lorgnons,D’amour poétique féruesLe dimanche, foire aux oignons !
C’est le jour bête où le croquantEmmièle ses mines bourrues :De la province débarquantOn voit, par bandes accourues,Les femmes en toilettes crues.En chapeaux fous, en hauts chignons,Regain des modes disparues,Le dimanche, foire aux oignons !
Le bois sombre s’esclaffe quand,Devant leurs gaîtés incongrues,Le merle fuit en se moquant.Aux prés verts leurs troupes ventruesParmi les foins et les charrues,Vont bâfrer veau froid et rognonsSans respect pour les herbes drues,Le dimanche, foire aux oignons !
O daims et dindes, ô morues !A vous mes plus véreux trognons,A vous qui baillez par les ruesLe dimanche, foire aux oignons !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources