Au pays de Manneken-pis, 1883
Réouverture des Chambres
Voici venu le froid novembre,Muse blême du verre d’eau,O reine des femmes de chambre,Toi dont le poing est un marteau !
Dans les squares les chrysanthèmesArborent des capuchons clairs ;L’heure a sonné des anathèmes,Nos prélats forgent leurs éclairs.
Je t’invoque, o muse loquace,En ce jour de revenez-yPour nos ante-Christ, nos IgnaceEt pour nos La Palisse aussi !
Le ciel est bleu, l’air pacifiqueEt le long des trottoirs on voitS’aligner la garde-civique,Pieds en dehors et fusil droit.
On court saluer les apôtresDu portefeuille en grand gala,Devant les arbres du Parc, — d’autresPorte-feuilles que ces gas-là !
Le théâtre officiel sis rueDe la Loi, va s’ouvrir enfin.Le public allèché s’y ruePour ouïr les mots de la fin.
On a rafraîchi la basane,Lustré le banc des potentats,Doublé la claque courtisane…Le sucre attend par petits tas.
Au magasin des accessoiresS’empilent vestes et faux nez,Serments en toc, lois illusoiresEt fer-blanc pour discours morts-nés,
De la paille humide et des chaines,Des tricornes à double fond…Et des buses, jusqu’au plafond,Pour les élections prochaines !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources