L’Âme nue, 1885· II La vie intérieure L’aube — midi — le soir· MIDI
Æea
À GEORGES CLAIRIN
Oh ! loin du monde et loin du bruit,Sans voir le jour, sans voir la nuit,Vivre sous la lueur des lampes !Marcher à pieds nus dans les peaux,Suspendre en guise de drapeauxDes chevelures à des hampes !
Mon palais est de marbre gris :Dans l’or ciselé des lambrisGlissent des serpents d’émeraude ;Le parquet lisse est de santal ;Et vers les plafonds de cristalL’encens monte, se trouble, et rôde…
Les piliers vêtus de brocartSe dressent, drapés avec art,Comme des Grecs dans leurs chlamydes ;Des cataractes de veloursTombent des frises en plis lourds,Plus lourds que des toiles humides.
L’air rose, en courants attiédis,Berce des fleurs de paradisQui coquettent du bout des tiges,Et charrie un flot de poisonQui fait tournoyer ma raisonAu bord du gouffre des vertiges.
Je ne sais rien, je ne veux rien ;J’ai tout perdu, l’amour du bien,Le sens des mots, l’orgueil des phrases ;J’ignore la terre et le cielEt mon rêve perpétuelCompte ses jours par ses extases.
Moins qu’une brute et presque un dieu,Je m’épuise et nage au milieuDes réconforts et des dictames ;Puis, dans des bras entrecroisés,Frôlé par un vol de baisers,Je m’endors sur des corps de femmes !
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a bruit / nuit masculine, classiqueb lampes / hampes féminine, classiquec peaux / drapeaux masculine, classiquea gris / lambris masculine, classiqueb d’émeraude / rôde féminine, classiquec santal / cristal masculine, classiquea brocart / art masculine, classiqueb chlamydes / humides féminine, classiquec velours / lourds masculine, classiquea attiédis / paradis masculine, classiqueb tiges / vertiges féminine, classiquec poison / raison masculine, classiquea rien / bien masculine, classiqueb phrases / extases féminine, classiquec ciel / perpétuel masculine, classiquea dieu / milieu masculine, classiqueb dictames / femmes féminine, classiquec entrecroisés / baisers masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources