L’Âme nue, 1885· I La vie extérieure Les lois — les cultes — les formes· Les formes
Alma Parens
À CHARLES MORICE
Puis, un rayon posé‖ sur un toit de chaumière,Un bois où le ciel bleu‖ fait des trous de lumière,Un nuage qui court‖ vers le soleil levant ;Et là, paisible et pur,‖ comme un saint dans sa fierte,Droit dans sa châsse d’ombre‖ aromatique et verte,Un muguet qui se berce au vent ;
Puis, la fuite indécise‖ et blonde des collines,Où de blanches vapeurs‖ traînent leurs mousselines,Comme des jours de Pâque‖ aux marches des parvis ;Et la mare aux tons d’huile‖ où s’endorment les raines,Et l’herbe où deux pinsons‖ vont picoter des grainesAutour d’un brin de chènevis ;
Et, sur l’inclinaison‖ des ravines fleuries,C’est un ruissellement‖ de folles pierreries :La plaine, sous l’éclat‖ des bijoux et des fards,Regarde en souriant‖ pendre sa robe neuve,Dont la frange se mouille‖ aux vasques du grand fleuveQui descend sous les nénuphars.
Et c’est la mer, là-bas,‖ la mer omnicolore,La vaste fleur que chaque‖ aurore fait éclore,L’immense voyageuse‖ aux somptueux courantsQui joue avec la lune‖ et qui chante aux étoiles,Et qui tout en chantant‖ jette ou porte les voilesSur des mondes exubérants :
Sur des pays où l’or‖ micace les rivières,Où l’éclair des oiseaux‖ fait trembler les paupières,Où l’on entend sonner‖ dans l’air lourd de parfumsEt glisser le beau corps‖ onduleux des crotales,Où les corolles ont‖ de si larges pétalesQu’on y peut coucher les défunts ;
Et c’est l’immensité‖ des déserts et du pôle,Les forêts de bambous‖ où le tigre miaule,Les steppes où s’enfuit‖ le troupeau des bisons ;C’est le miroitement‖ limpide et bleu des glacesEt le soleil qui tourne‖ avec des lenteurs lassesSur l’argent mat des horizons.
Feu des soirs, bleu des nuits,‖ midis blancs, matins roses,C’est la communion‖ de l’air avec les choses !C’est l’hymne hyménéal‖ et l’éternel AvéDes formes aux senteurs‖ et des sons aux lumières,Tout ce qui s’est perdu‖ des époques premières,Et tout ce qu’on n’a pas rêvé !
— Ô Nature ! ô splendeur !‖ ô richesse infinie !Qui rendra par des mots‖ l’œuvre de ton génie ?Tout notre effort s’épuise‖ et râle vers le beau,Et toi, Mère, toujours‖ jeune et toujours féconde,Tu poses en riant‖ à tous les coins du mondeUn chef-d’œuvre toujours nouveau.
Notre plume se rompt,‖ notre pinceau se brise,Et notre seule gloire‖ est de l’avoir comprise,Nous qui voudrions tant‖ et qui pouvons si peu !Reine unique de l’art,‖ c’est ton doigt qui nous mène,Et quand nous te chantons,‖ la poésie humaineChante le poème de Dieu !
Versification
- Forme
- 9 sizains (sizains)
- Rimes
- 9(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (45 de 12, 9 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 9 sizains
- Mots à la rime
- a chaumière / lumière féminine, classiqueb levant / vent masculine, classiquec fierte / verte féminine, classiquea collines / mousselines féminine, classiqueb parvis / chènevis masculine, classiquec raines / graines féminine, classiquea fleuries / pierreries féminine, classiqueb fards / nénuphars masculine, classiquec neuve / fleuve féminine, classiquea omnicolore / éclore féminine, classiqueb courants / exubérants masculine, classiquec étoiles / voiles féminine, classiquea rivières / paupières féminine, classiqueb parfums / défunts masculine, classiquec crotales / pétales féminine, classiquea pôle / miaule féminine, classiqueb bisons / horizons masculine, classiquec glaces / lasses féminine, classiquea roses / choses féminine, classiqueb Avé / rêvé masculine, classiquec lumières / premières féminine, classiquea infinie / génie féminine, classiqueb beau / nouveau masculine, classiquec féconde / monde féminine, classiquea brise / comprise féminine, classiqueb peu / Dieu masculine, classiquec mène / humaine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources