L’Âme nue, 1885· I La vie extérieure Les lois — les cultes — les formes· Les lois
Clair de lune
À ÉMILE GITER
Jadis, aux jours du Feu,‖ quand la Terre, en hurlant,Roulait son bloc fluide‖ à travers le ciel blanc,Elle enfla par degrés‖ sa courbe originelle,Puis, dans un vaste effort,‖ creva ses flancs ignés.Et lança, vers le flux‖ des mondes déjà nés,La Lune qui germait en elle.
Alors, dans la splendeur‖ des siècles éclatants,Sans relâche, sans fin,‖ à toute heure du temps,La mère, ivre d’amour,‖ contemplait dans sa forceL’astre enfant qui courait‖ comme un jeune soleil :Il flambait. Un froid vint‖ l’engourdir de sommeilEt pétrifia son écorce.
Puis, ce fut l’âge blond‖ des tiédeurs et des vents :La Lune se peupla‖ de murmures vivants ;Elle eut des mers sans fond‖ et des fleuves sans nombre,Des troupeaux, des cités,‖ des pleurs, des cris joyeux ;Elle eut l’amour ; elle eut‖ ses arts, ses lois, ses dieux,Et, lentement, rentra dans l’ombre.
Depuis, rien ne sent plus‖ son baiser jeune et chaud ;La Terre qui vieillit‖ la cherche encor là-haut :Tout est nu. Mais, le soir,‖ passe un globe éphémère,Et l’on dirait, à voir‖ sa forme errer sans bruit,L’âme d’un enfant mort‖ qui reviendrait la nuitPour regarder dormir sa mère.
Versification
- Forme
- 4 sizains (sizains)
- Rimes
- 4(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (20 de 12, 4 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 4 sizains
- Mots à la rime
- a hurlant / blanc masculine, classiqueb originelle / elle féminine, classiquec ignés / nés masculine, classiquea éclatants / temps masculine, classiqueb force / écorce féminine, classiquec soleil / sommeil masculine, classiquea vents / vivants masculine, classiqueb nombre / l’ombre féminine, classiquec joyeux / dieux masculine, classiquea chaud / là-haut masculine, classiqueb éphémère / mère féminine, classiquec bruit / nuit masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources