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un seul est le mot juste.

L’Âme nue, 1885· I La vie extérieure Les lois — les cultes — les formes· Les lois

L’océan

Edmond Haraucourt· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

À FRANÇOIS COPPÉE

— C’est l’Océan ! Vois-tu‖ déferler les étoiles,La mer, la vaste mer‖ immobile à nos yeux,Où vogue avec ennui,‖ comme un vaisseau sans voiles,La lune, nef d’argent‖ qui glisse sur les cieux ?

Loin ! Vois-tu poudroyer,‖ très loin, des vapeurs blondes,Tourbillon d’astres clairs‖ dans les gouffres vermeils,Flot dont l’écume ardente‖ est faite avec des mondes,Houle insondable où bout‖ la mousse des soleils ?

Regarde ! L’ombre bouge…‖ Entends-tu le silence,Le silence que font‖ ces milliards de bruits ?Tout se tait : c’est la mer‖ astrale qui s’élanceEt gronde immensément‖ dans l’abîme des nuits.

Viens ! Monte ! Enlève-toi‖ sur la crête des vagues,Pareil aux alcyons‖ emportés dans leurs nids !— Oh ! là-haut, oh ! là-bas,‖ indéfiniment vagues.Je vois des golfes d’or‖ sourdre des infinis…

— Viens ! — J’ai peur ! — Cette lame,‖ ô nain, c’est la première,La seule dont notre œil‖ devine les remous :C’est là, mais c’est si loin‖ qu’un rayon de lumièreCourt des siècles, avant‖ d’arriver jusqu’à nous !

— Loin ! Dans la perspective‖ innombrable et confuse,Un tranquille brouillard‖ commence à s’azurer…— Passe : il est si profond‖ que l’Éternité s’useÀ brûler des soleils‖ sans pouvoir l’éclairer !

— Des mers ! Des mers ! — Ce n’est‖ qu’un reflux de comètes :Passe. — Nul horizon !‖ La mer moutonne encor…Et des mers ! Et partout,‖ sous nos pieds, sur nos têtes,Tournoie et s’élargit‖ le monstrueux décor !

— Ce n’est qu’un point du ciel‖ et qu’un chiffre du nombre !Marche, tu n’as rien vu,‖ marche. — Je suis fourbu :Quand donc trouverons-nous‖ la fin, les murs de l’ombre ?— Cours mille fois mille ans‖ et tu n’auras rien vu !

Va l’infini de temps‖ dans l’infini d’espace !Toujours le feu des feux‖ gronde et rugit sur toi :Et tout s’entraîne, fuit,‖ disparaît, vient, repasseEt roule éperdument‖ dans les vents de la Loi !

Et tout peuplé, vivant,‖ pensant, créant des rêves,Lançant des cris d’espoir‖ et des soupirs de deuil,Aimant, souffrant, croyant,‖ et sans buts, et sans trêves,Sans rien savoir, sans rien‖ voir… — Et j’ai de l’orgueil !

Versification

Forme
10 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a étoiles / voiles féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea blondes / mondes féminine, classiqueb vermeils / soleils masculine, classiquea silence / s’élance féminine, classiqueb bruits / nuits masculine, classiquea vagues féminine, classiqueb nids / infinis masculine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb remous / nous masculine, classiquea confuse / s’use féminine, classiqueb s’azurer / l’éclairer masculine, classiquea comètes / têtes féminine, classiqueb encor / décor masculine, classiquea nombre / l’ombre féminine, classiqueb fourbu / vu masculine, classiquea d’espace / repasse féminine, classiqueb toi / Loi masculine, classiquea rêves / trêves féminine, classiqueb deuil / l’orgueil masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources