L’Âme nue, 1885· I La vie extérieure Les lois — les cultes — les formes· Les cultes
Résignation
À LAURENT TAILHADE
C’est Dimanche. Le vent‖ court des landes aux roches ;La douce mer d’Arvor‖ joue avec les écueils,Et les horizons gris‖ tremblent du son des cloches :Mais le village est noir‖ comme un drap de cercueils.
Tout est brûlé : les toits,‖ les celliers, les étables,Les salles, les hauts lits‖ enchâssés dans les murs,Les vieux dressoirs, les bancs‖ rangés autour des tables,Les granges qu’embaumaient‖ les foins et les fruits mûrs.
Il a crevé les fûts‖ et bouilli dans les outres,Le beau cidre écumant‖ de rire et de chansons ;Les grands bœufs calcinés‖ sont couchés sous les poutres,Et les vents ont vanné‖ la cendre des moissons.
Les flammes ont taillé‖ des gibets et des sciesDans les arbres joyeux‖ qui bombaient leurs arceaux,Et les petits enfants,‖ avec des mains noircies,Sur les brasiers éteints‖ se creusent des berceaux.
Tels les champs de bataille‖ au soir des grands massacres ;On croirait que tout veut‖ mourir, mourir enfin,Et l’on sent palpiter‖ sur tout, dans les airs âcres,La désolation,‖ la misère et la faim !
Seule, l’église luit,‖ claire entre les murs sombres :Par-dessus le hameau‖ funèbre, au plein milieu,Comme un ange d’espoir‖ qui surgit des décombres,Rose et blanche, elle monte‖ et rit vers le ciel bleu.
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a roches / cloches féminine, classiqueb écueils / cercueils masculine, classiquea étables / tables féminine, classiqueb murs / mûrs masculine, classiquea outres / poutres féminine, classiqueb chansons / moissons masculine, classiquea scies / noircies féminine, classiqueb arceaux / berceaux masculine, classiquea massacres / âcres féminine, classiqueb enfin / faim masculine, classiquea sombres / décombres féminine, classiqueb milieu / bleu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources