L’Âme nue, 1885· I La vie extérieure Les lois — les cultes — les formes· Les formes
Soir d’octobre
À MADAME A. D’ARTIGUES
Les grands bois roux, au flanc‖ des collines prochaines,Dans le souffle automnal‖ roulent comme une mer :Et tous, les châtaigniers,‖ les ormes et les chênes,Saisis du froid nouveau‖ s’endorment pour l’hiver.
La brume, serpent gris‖ ondulant sur le fleuve,Tord son méandre épais‖ qui fuit dans les lointains ;Le soir frileux accourt‖ dans ses voiles de veuve,Jetant sa gaze humide‖ aux horizons éteints.
Le soleil, écroulé‖ derrière les monts vaguesOù chante avec langueur‖ la voix des vents plaintifs,Accroche des reflets‖ sur la pointe des vaguesDont la crête sautille‖ et danse en bonds furtifs.
L’eau brune qui descend‖ le long des pentes doucesClaque très mollement‖ sur le sable mouillé ;Les larmes de la nuit‖ s’emperlent sur les mousses ;Un hibou, loin, gémit‖ dans un saule effeuillé.
Un calme inconsolable‖ et douloureux s’épancheDans l’air où par zigzags‖ vont les chauves-souris ;Pour voir poindre la lune‖ avec sa corne blanche,Un crapaud qui pleurait‖ sort des joncs rabougris :
Tandis qu’au plein milieu‖ du lit qui s’enténèbre,Un noyé, raide et blanc,‖ suit le flot chuchoteur ;Et, ses yeux sans regard‖ levés au ciel funèbre,Silencieusement,‖ il glisse avec lenteur.
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a prochaines / chênes féminine, classiqueb mer / l’hiver masculine, classiquea fleuve / veuve féminine, classiqueb lointains / éteints masculine, classiquea vagues féminine, classiqueb plaintifs / furtifs masculine, classiquea douces / mousses féminine, classiqueb mouillé / effeuillé masculine, classiquea s’épanche / blanche féminine, classiqueb chauves-souris / rabougris masculine, classiquea s’enténèbre / funèbre féminine, classiqueb chuchoteur / lenteur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Âme nue, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1885· numérisation wikisource.org· Sources