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un seul est le mot juste.

La Légende des Sexes, 1882· La légende des sexes

Rêve

Edmond Haraucourt· 13 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 52 vers

À Léon Cladel.

Je me rappelle un soir‖ de rage et d’hystérieOù, soûl de notre amour‖ et bleui de baisers,J’étais tombé d’un bloc,‖ pâmé, l’âme tarie,Le cœur vide et les reins brisés.

Je dormais. Et noyé‖ dans l’extase des rêves,J’évoquais l’idéal‖ d’un paradis charnelOù de blondes houris,‖ belles comme des Èves,Donnaient le coït éternel.

Lascivement, sous la‖ transparence des voiles,Les nombrils caressant‖ me baisaient au nombril,Et passaient plus nombreux‖ que le troupeau d’étoilesQui passe au ciel des nuits d’avril.

Sans cesse ! Mes désirs‖ chantaient l’épithalame ;Ma virilité fière‖ ardait comme un grand feu,Et sous le vent du rut‖ pourléchait de sa flammeL’autel où l’homme devient dieu.

Superbe, elle vibrait‖ sur les chairs qu’on titille,Et fouillait, sous le poil‖ qui frise à l’Occident,L’ombre chaude, où l’orgueil‖ de ma force érectilePlantait son baiser fécondant.

Elle allait, jamais lasse‖ et jamais assouvie,Et sous l’étranglement‖ mouillé des spasmes nus,Elle crachait à flots‖ les germes de la vieAu creuset rose de Vénus !

Les bras blancs m’étouffaient‖ sur les poitrines blanches ;Les bustes, sous mon corps,‖ se tordaient, pantelants ;De longs frissons crispaient‖ la ronde ampleur des hanches :Les genoux craquaient sur mes flancs !

Puis, c’était la douceur‖ des doigts errants sur l’aine,L’effleurement lascif‖ et rôdeur des seins lourds,Et la langue, au milieu‖ des parfums de l’haleine,Posant ses touchers de velours.

Et c’était cette soif‖ lubrique de vampireQui colle ses suçoirs‖ sur l’homme turgescent ;Qui, s’enivrant des sucs‖ masculins qu’elle aspire,Va puiser l’âme au fond du sang !

C’était plus qu’on ne rêve‖ et plus qu’on ne devine,Ce que nul être humain‖ n’a conçu ni chanté :C’était tout ce que peut‖ l’érection divineTravaillant dans l’éternité.

Oh, ce que j’ai connu‖ dans cette heure sublime :L’immensité d’un rut‖ peuplant les Univers,Et ma sève, coulant‖ à remplir un abîmePlus insondable que les mers !

Tout ce que j’ai goûté‖ d’indicibles ivresses !Les siècles de coït‖ passaient comme des jours,Et j’aimais en un jour‖ des milliers de maîtresses,Et toujours… Toujours… Et toujours !

Rêve, hélas ! Et depuis‖ qu’il leurra ma pensée,Je traîne dans mon cœur‖ l’impuissance d’un vœuEt l’âpre souvenir‖ de ma force passée,Moi qui suis homme, — et qui fus dieu !

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (39 de 12, 13 de 8)· profil 8, 6−6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a d’hystérie / tarie féminine, classiqueb baisers / brisés masculine, classiquea rêves / Èves féminine, classiqueb charnel / éternel masculine, classiquea voiles / d’étoiles féminine, classiqueb nombril / d’avril masculine, classiquea l’épithalame / flamme féminine, classiqueb feu / dieu masculine, classiquea titille / érectile féminine, classiqueb l’Occident / fécondant masculine, classiquea assouvie / vie féminine, classiqueb nus / Vénus masculine, classiquea blanches / hanches féminine, classiqueb pantelants / flancs masculine, classiquea l’aine / l’haleine féminine, classiqueb lourds / velours masculine, classiquea vampire / aspire féminine, classiqueb turgescent / sang masculine, non classiquea devine / divine féminine, classiqueb chanté / l’éternité masculine, classiquea sublime / abîme féminine, classiqueb Univers / mers masculine, classiquea ivresses / maîtresses féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquea pensée / passée féminine, classiqueb vœu / dieu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Légende des sexes, poëmes hystériques, Bruxelles, Imprimé à Bruxelles pour l’auteur, 1882· numérisation wikisource.org· Sources