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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’initiation douloureuse, 1924· Le livre viril· II Le doute croissant … de la chair périssable à l’effeuillement de l’âme

Fête nostalgique

Gaston Heux· strophes variées, octosyllabes, 76 vers

I Jet d’eau

Au cœur stérile de la vasque,Merveille d’un clos écarté,Un grand lys d’onde et de clartéImprovise son jet fantasque

Tandis qu’il hausse par les airsSa transparence essentielle,Tant de ciel s’éparpille en elleQu’on s’en explique les éclairs !

Le vent mouillé qui l’évaporeRépand son bruit comme un parfumEt dispersant un vague embrun,Prodigue ce pollen sonore.

La grâce aride du jardinS’humecte à sa poussière osée ;Cœurs secrets sevrés de rosée,Les fleurs s’y fécondent soudain…

Toute sveltesse s’en inspire…Tout élan refait son essor.Et l’enchantement du décorSe glisse en riant dans son rire.

— Ah ! jet d’eau de trouble conseilQui me veux épars dans ta joie,Quelqu’un déjà danse et tournoieDans ton mirage de soleil…

Prompte et nerveuse court la sphèreTendue à ta cime ou plongeant,Court la cible de faux argentQu’un plomb fatal prouve de verre.

Et l’esprit qu’un charme abusa,Rentré dans sa mélancolie,Entoure de fous sa folieEt fait signe à Gastibelza !

Je revis ton sens nostalgiqueAu faîte d’un rêve trop beau,Où mon être, — pour quel jet d’eau ?Figure la cible tragique…

Ainsi dans l’oubli de son sort,(Des yeux vides béant sur elle)Ma chair dans mon âme immortelleTente l’adresse de la Mort !

II Effeuillements

Au parc intime dont les rosesEffeuillent, autour d’un bassin,Leurs grâces de fleurs sur les posesQu’exaspère un Triton d’airain,

Mon rêve attardé se parfume,Au bord d’un océan de fleursQui, comme un gouffre son écume,Lui jette l’embrun des senteurs…

C’est un parc autour de mes doutes,Un clos d’amour et de soleilOù mon cœur, pourtant aux écoutes,Se refuse au tendre conseil…

Oui ! feuilles de l’arbre sonore,Dont tant de sens charge le bruit,Vous qui redites dans l’auroreTant d’aveux appris de la nuit,

Une secrète et chaste idylleEntre des fantômes d’amants,Échange, grave et puérile,L’éternité dans leurs serments.

Et vos baisers, je le soupçonne,Lèvres d’or prêtes à pâmer,O feuilles au seuil de l’automne,M’intiment des ordres d’aimer !

Mais, trahi des roses mortelles,J’en ai retrouvé dans la Chair…L’Esprit seul, au fond des prunellesA mes sens, depuis, restait cher

Déjà la terre nostalgiqueNe fêtait plus que d’autres yeux…Le soir, à l’horizon tragique,Me désabuse encor des cieux :…

Un long effeuillement de flammes,Dans le jardin du pur Été,Prédit l’effeuillement des âmesA qui leur crut l’Éternité !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
10(abba) 9(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a vasque / fantasque féminine, classiqueb écarté / clarté masculine, classiquea airs / éclairs masculine, classiqueb essentielle / elle féminine, classiquea l’évapore / sonore féminine, classiqueb parfum / embrun masculine, classiquea jardin / soudain masculine, classiqueb osée / rosée féminine, classiquea inspire / rire féminine, classiqueb essor / décor masculine, classiquea conseil / soleil masculine, classiqueb joie / tournoie féminine, classiquea sphère / verre féminine, classiqueb plongeant / argent masculine, classiquea abusa / Gastibelza masculine, classiqueb mélancolie / folie féminine, classiquea nostalgique / tragique féminine, classiqueb beau / d’eau masculine, classiquea sort / Mort masculine, classiqueb elle / immortelle féminine, classiquea roses / poses féminine, classiqueb bassin / d’airain masculine, classiquea parfume / écume féminine, classiqueb fleurs / senteurs masculine, classiquea doutes / écoutes féminine, classiqueb soleil / conseil masculine, classiquea sonore / l’aurore féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea idylle / puérile féminine, classiqueb d’amants / serments masculine, classiquea soupçonne / l’automne féminine, classiqueb pâmer / d’aimer masculine, classiquea mortelles / prunelles féminine, classiqueb Chair / cher masculine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb Été / l’Éternité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Initiation douloureuse — 1er cahier, Paris — Bruxelles, Éditions Gauloises, 1924· numérisation gallica.bnf.fr· Sources