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L’initiation douloureuse, 1924· Le livre viril· IX L’Obsession de l’Au-delà

La symphonie Jupiter

Gaston Heux· 87 quatrains, alexandrins, 348 vers

Au Maître Albert Giraud, en témoignage d’admiration.

Tu sors de cette énigme‖ où l’Être absorbe l’être,Étonne jusqu’aux pleurs‖ de te connaître mieux,Clair enfant dont la chair,‖ toute à l’orgueil de naître,Croyait ressusciter‖ la jeunesse des dieux !

Ton âme, féminine‖ à la fois et très mâle,Dryade du bouleau‖ que m’évoquait ton corps,S’entourait de ta chair‖ comme d’écorce pâle,Et tes gestes en fleurs‖ naissaient de ses transports

Hélas, ô dieu déchu,‖ la mort est dans ta force,Et son image inerte‖ engourdit ton sommeil…La dryade se meurt‖ au creux de ton écorce,Ton âme s’évapore‖ en brouillards au soleil.

Il restait tant de ciel‖ dans ta forme mortelle !L’Esprit qui, par éclairs,‖ s’y laissait entrevoir,Banni d’un firmament‖ qu’il retrouvait en elle,Ainsi qu’un autre azur‖ l’habitait sans déchoir !

!C’était peu d’être une âme‖ en un corps périssable,…Tu voulais immortel‖ ce qui n’eût guère été,Et que le pur Passant‖ qui pesait sur ce sable,Y laissât pour jamais‖ de son éternité.

Et tu vivais alors‖ de suaves mystères…O chair surnaturelle‖ où tout l’Éden fleurit !En un transport mystique,‖ au réseau des artères,Où ne battait qu’un sang‖ te parcourait l’esprit !

Tu n’avais pas saigné,‖ d’une tardive épreuve,Par les sept trous béants‖ ton céleste pouvoir…L’illusion, ce pampre,‖ étreignait l’âme neuveEt sur ce thyrse ardent‖ gonflait son raisin noir !

Tout ton être naïf‖ trempait comme une rive,Sous mille abeilles d’or‖ prometteuses de miel,Au mensonge d’une eau‖ qui leurre en sa dériveEt, renversant l’azur,‖ se donne pour le ciel !

Le dieu se pleure encor‖ dans un homme farouche :L’azur, profond reflet‖ de ta divinité,L’azur qu’à pleines mains‖ tu portais à ta bouche,Comme une eau vive‖ entre tes doigts‖ s’est égoutté !

Et pourtant dépouillé‖ de toute essence vaine,L’Être dont tu déchois,‖ le Pur que tu conçus,Le dieu que promettait‖ la syllabe hautaineNe gardait rien de l’homme‖ et nous a mieux déçus !

Va ! mesure le gouffre‖ à l’horreur de ta chuteTu n’étais plus ce dieu‖ presque déshéritéDont l’Univers rétif,‖ inerte dans sa lutte,Est triomphant déjà‖ de l’avoir limité…

Tu n’étais pas contraint‖ dans l’aspect qui le borne,Par la forme divine‖ et mortelle à moitié…Enfant du statuaire‖ autant que la licorne,Dieu qui sent sa Pythie‖ indigne du trépied !

Il ne t’eût point suffi‖ de ployer la MatièrePlus rétive qu’un peuple‖ au poing de l’imposteur,De subir la rebelle‖ en sa défaite altière,Trop bravé dans ton culte‖ et moins dieu que dompteur !

Car toute bouche écume‖ au mors qui la pénètre.A se vouloir de tout‖ l’énergique milieu,Qui s’enchaîne l’esclave‖ a le destin du maître,Et la haine est l’encens‖ qui méconnaît ce dieu !

Du caprice qu’il sème‖ ô fatale récolte !Fruit amer qui déçoit‖ sa vaine majesté !Celui-là seul est dieu‖ qui prévient la révolteEt n’étend que sur soi‖ son sceptre respecté

Rien n’étant hors de toi,‖ divinité plénière,Qui donc, dans quel troupeau,‖ sous tes jougs ennemis,Quel bœuf eût empourpré‖ la cinglante lanièreDont le bouvier divin‖ flagelle l’insoumis ?

Tant de fiers asservis‖ sont esclaves à peineQui déjà dans leur geste‖ ont l’instinct de trahir…Toi, ton règne du moins‖ ne savait point la haineTu t’acceptais pour maître,‖ heureux de t’obéir !

Comme au reflet du Dieu‖ se sacrent les apôtres,L’ombre que tu n’es point‖ atteste ton soleil ;O toi que l’on évoque‖ en évoquant les autres,Où rien ne se ressemble‖ on te trouve pareil !

Sous aucun horizon‖ ton Essence n’abdique…Où donc choient en grains d’or,‖ sur quelle étrange fleur,Ces pollens étoilés‖ qu’emporte un vent mystique,Si ce n’est sur toi-même‖ en fécondant ton cœur…

Et tu penchais ainsi‖ ta solitaire essenceSur le vertige et les‖ aspects du devenir,Ne palpitant qu’en eux‖ la mort et la naissance,Toi qui n’eus pas à naître‖ et ne pouvais mourir.

L’immensité‖ te ravissait‖ dans une extase…Tu l’étreignais des sens‖ et d’un avide accueil,Et jamais l’infini‖ ne débordait ce vaseQu’élargissait sans trève‖ un prodige d’orgueil.

Ton regard tout puissant‖ suscitait ce miracleDe t’emplir de lueurs,‖ de rythme et d’univers…Un souffle de Dodone‖ emportait ton oracleSi loin qu’il s’égarât‖ sous tes ombrages verts !

Tes yeux s’ouvraient,‖ t’affranchissent de tes limites,Et le chœur gravitait,‖ des Astres et du Jour,D’une aube à l’autre‖ cadencé‖ selon tes rites,A ton centre éternel‖ enchaîné par l’amour !…

Pour peu que la lumière‖ offensât ton caprice,Tu plongeais dans une ombre‖ esclave de ta loi,D’un battement de ta‖ paupière négatrice,Le beau gouffre étoilé‖ que tu portais en toi !

Mais la nuit constellait,‖ à ton être fondue,Les sens secrets‖ qu’obscurément‖ nous essayons…Les mondes dispersés‖ dans ta propre étendueAu travers de ta chair‖ échangeaient leurs rayons

Et soudain tes yeux clos‖ éteignant les abîmes,Tu renaissais‖ pure ténèbre‖ en la créant ;…Tout s’évanouissait‖ dans tes gouffres intimesEt toi-même, en ton œuvre,‖ instaurais le néant !

Désormais, tu gémis…‖ l’évidence t’habite…Ceux-là ferment les yeux‖ que guette un prompt déclinComme on cherche un regard‖ au vide d’une orbite,Rien qui survive en toi‖ de ton pouvoir divin !…

Résigné désormais‖ à d’humaines sagesses,Tu fais tiens les trésors‖ d’un pénible savoir,D’un sourire anxieux‖ mendiant ses largesses,Pâle d’un avenir‖ qu’il t’enseigne à prévoir !

Tu meurs déjà d’angoisse,‖ homme, ta dernière heure :Tu crois vivre, et voici,‖ t’abusant sur ton sort,Que tu roules tes jours‖ au tourbillon d’un leurreEt que craque en tes os‖ le squelette du mort.

Tu souffrais dans ta chair ?‖ le Sage te rassure :« Pour guérir de ton mal‖ sors d’un long préjugé…» Où n’est point de matière,‖ il n’est plus de blessure,» Et l’être, simple esprit,‖ n’est qu’un rêve imagé !

» J’étouffe au fond de toi‖ l’Homme en pleurs dans ta vie…» Tiens de moi ta victoire,‖ humble qui te soumets !» L’homme n’est qu’apparence‖ et te voici ravie.» L’absurde illusion‖ d’avoir été jamais !…

» Les yeux que tu fermais‖ sur le sang de tes larmes,» Ce qu’il tient de détresse‖ en ce furtif éclair» Où le cœur sent sa plaie‖ et saigne sur les armes,» Tout cela, pourpre tiède‖ et froid tranchant du fer,

» Tes paupières s’ouvrant‖ comme un éclat de rire,» Ce qui te rend divins‖ les instants des aveux» D’où l’amour de soi-même‖ est seul à se proscrire,» Tout cela, force mâle‖ et parfum des cheveux,

» Tout cela qui n’est rien‖ sil n’est point apparence» S’enfle, se creuse ou dort‖ comme un rythme des eaux ;» Tout n’est que jeux de vague‖ en ton intelligence» Et rien n’est que ton ombre‖ en tes propres réseaux ! »

Ainsi parlait le sage‖ au bord de tes abîmes…Pour t’alléger du mal‖ dût-il t’anéantir,Tu t’ouvrais à l’écho‖ de ses leçons sublimes,Tu n’étais plus qu’esprit‖ et le sentais mentir.

Car au plus fort des maux‖ qu’importe d’où l’on souffre ?D’un leurre universel‖ triste réalité !Tu t’obstines à croire‖ aux parois de ton gouffreEt t’en fais un témoin,‖ ô dieu précipité !

Tout t’étreint du dehors‖ en l’obscure bataille,Ce globe est ton embûche‖ autant que ton appui.De ses mille reflets‖ sa présence t’assaille,Mais que peux-tu pour toi‖ qui ne vienne de lui ?

Depuis que tu n’es plus‖ ta seule certitude,Cherche donc hors de toi :‖ tout n’est point blasphémé…Des mages tard venus‖ ont sculpté dans l’étudeLe masque du seul dieu‖ qui vaille d’être aimé…

Ils décrètent très haut :‖ « Longue gloire à l’Unique !» Faux prophètes, déments‖ contre l’Homme alliés,» Gonflez de vent menteur,‖ comme un pan de tunique,» Les fantômes flottants‖ des dieux multipliés !

» Dressez-leur des autels‖ à d’étroits intervalles,» Tous, dans l’encens d’un seul,‖ se sentiront trahir !» S’ils heurtent dans nos cœurs‖ leurs volontés rivales,» C’est en braver combien‖ du crime d’obéir !

» Tremblants adorateurs‖ qu’ils frappent dans la poudre» Tout immortel dépit,‖ parmi tant d’Immortels,» A l’encensoir voisin‖ allumera sa foudre,» Et du culte d’autrui‖ vengera ses autels ! »

» Ah ! d’un choix sacrilège‖ épargnez-nous l’épreuve…» Livrez vos Panthéons‖ aux fureurs de l’épieu !» Tel qu’au même Océan‖ cent ruisseaux en un fleuve,» Que notre foi ruisselle‖ en l’unité de Dieu ! »

La musique s’étouffe‖ autour de ces louangesDont cent initiés‖ n’encensent que le Seul,Le Parfait dont l’aspect‖ improvise les angesEt qui dans ses rayons‖ réveille le linceul.

Plus d’un Sage pourtant‖ retient d’une imposture,Que sans ces dieux rivaux,‖ jaloux d’être encensés,Jamais l’Homme, étriquant‖ leur multiple nature,N’eût flatté dans un seul‖ cent tyrans condensés.

Et, par le sanctuaire‖ où l’étreignent les MagesPlus d’un, dont la ferveur‖ avec eux y rêva,Pense surprendre encore,‖ au plus lointain des âges,Les Elohim vaincus‖ rugir dans Jéhovah !

Mais de leurs maigres mains‖ dont ils ouvrent la BibleCeux qui gardent captifs‖ les mystiques secrets,Font sortir Javeh‖ de cet antre terribleComme un rauque lion‖ qu’ils entourent de rets.

Ses yeux chargés de rêve‖ et de Terre promiseS’étonnent de s’ouvrir‖ sur un monde ignoréEt vers ses saints gardiens‖ rugissant sa surprise,Il cherche quelque proie‖ à son courroux sacré.

Et le voilà, dieu de‖ la horde passagère,Comme au temps où ses crocs‖ précédaient Israël,Et, mordant à la gorge‖ une race étrangère,Servaient la prophétie‖ en serviteur cruel.

Ils l’entraînent grondant‖ du fond de sa tanière,Ils connaissent l’orgueil‖ de son brumeux cerveau,Et, cessant de flatter‖ sa rugueuse crinière,Le réveillent du poing‖ sur le siècle nouveau.

Ils lui disent tout bas :‖ « Nous t’adorons encore,» Non plus en Sabaoth,‖ gardien du peuple pur,» Mais sous d’autres aspects‖ c’est ton nom qui s’implore,» Maintenant et jadis,‖ comme au fond du futur !

» Ainsi donc, gloire à toi‖ qui reluis sur ma face !» Nos idéals présents‖ à demi révolus» T’assignent, Éternel,‖ des formes dans l’espace,» Et tu rugis à tort,‖ Monstre que tu n’es plus !

» Déjà Chair violente,‖ avant l’ère romaine,» Essuyant des esprits‖ l’inquiet désaveu,» Tu rugissais encor‖ sous l’apparence humaine,» Mais tu sors épuré‖ de tes buissons de feu !

» Nous t’avons dispersé,‖ Prince, dans l’invisible,» Hors de ton sanctuaire‖ à ce point agrandi,» Que l’impie, à jamais‖ s’aveuglant sur ta cible,» Croit te blesser partout‖ de son glaive brandi.

» Mais l’humble, dont la foi‖ veut l’aide des prunelles,» Où rien n’emplit les yeux‖ se lasse de chercher,» Et s’il faut ton martyre‖ à ces âmes charnelles» Donne-leur pour témoin‖ ta blessure à toucher !

» Car nul ne sera dieu,‖ selon ces simples âmes,» S’il ne vient, bras en croix‖ et la plaie au grand jour,» Tout transpercé des clous‖ ou tout marqué des flammes,» Offrir à leur salut‖ la rançon de l’amour ! »

« N’espérez donc qu’en nous !‖ » dit l’Orient bouddhiste,Et par les longs massifs‖ du jardin Loumbini,Telle qu’au fond des yeux‖ la douceur en persiste,Aux grâces de l’enfance‖ il contraint l’Infini.

» O Sage, ô dernier-né‖ de la ferveur indoue,» Nous te savons un dieu,‖ toi qui naissais d’un roi…» Ton existence humaine‖ en vain nous désavoue.» Qui n’eût prévu ton règne‖ eût douté de la foi.

» Un miracle répond‖ de ta céleste essence :» Ta force puérile‖ est maîtresse de tout…» Et déjà dans l’instant‖ que remplit ta naissance,» Pensif parmi les fleurs‖ tu te dresses debout !

» De tes pieds enfantins‖ prémice vagabonde !» Tu fis sept pas vainqueurs‖ vers les quatre horizons,» Et sur les dieux présents‖ revendiquant le monde,» Essayais le pouvoir‖ de neuves oraisons…

» Enfanté dans un cri‖ bienheureux de la femme,» Promis avant de naître‖ à ce sort idéal» Dont le trésor secret‖ attendait ton Sésame,» Jusqu’au respect des lys‖ tout te sacrait royal !

» Ton père, avec tendresse,‖ et ta mère ravie» S’aidant autour de toi‖ des dieux et du hasard,» Composaient le décor‖ où se rirait ta vie,» Et penchés sur tes yeux‖ imploraient ton regard.

» Mais toi, tu repliais‖ ta précoce pensée,» Et, les Dévas pleuvant‖ en averses de fleurs,» Ton âme, dès l’azur‖ sur leurs traces lancée,» Se reprochait leur joie‖ en écoutant nos pleurs.

» Tu grandis cependant :‖ l’immanente sagesse» Sut t’asservir trente ans‖ à l’idéal commun,» Et la Femme, qui fait‖ son art de la caresse,» D’une Yaçodhara‖ te versait le parfum.

» En gestes de mortel‖ en vain tu t’évertues…» Au temple où tu descends‖ éperdu d’onction,» Vois ! le ciel se prosterne :‖ un peuple de statues» Humilie à tes pieds‖ son adoration !

» Si les chœurs de l’azur‖ voués à ta louange» Ont par tes jeunes ans‖ prolongé leurs concerts,» Depuis ton jour natal‖ les brahmanes du Gange» Doutèrent bien des fois‖ sur les veddas ouverts.

» Mais avant le Vieillard,‖ l’Infirme et le Cadavre,» Saint trois fois pour les cieux,‖ mais de l’humble ignoré,» Avant d’avoir vécu,‖ Homme, de ce qui navre,» Tu n’as frappé les cœurs‖ d’aucun signe sacré.

» Car les dieux de l’azur‖ ne sont point ceux de l’homme…» Il t’a fallu dans un‖ éclair mûrir ton sort ;» Toi dont la brise en fleurs‖ éparpillait l’arome,» N’être plus que l’odeur‖ qui traîne sur la mort !

» Tu t’arraches vivant‖ aux délices profanes,» Tu t’engloutis dans ta‖ pensée et dans les bois,» Et sous ton vêtement‖ d’herbes et de lianes» Tu sors ascète et dieu‖ pour la première fois !

» Cakya désormais‖ emplit l’âme exaucée…» Mais céleste d’essence,‖ il ne passe pour tel» Qu’au jour où blêmiront,‖ au fond de sa pensée,» La vieillesse, la fièvre‖ et la mort du mortel ! »

— » Soit ! qu’il saigne en esprit‖ et s’épargne les claies !» Un autre a mérité‖ l’universel baiser» Que pose notre amour‖ sur les lèvres des plaies» Et qui donne au vrai Christ‖ de s’immortaliser.

» Tout Dieu comme un Lazare,‖ a couché dans sa tombe !» Heureux qui dans la mort‖ trempe sa majesté.» Un autre a pu survivre‖ où notre Christ succombe…» Mais le Christ ressuscite‖ et pour l’éternité !

» Que n’a-t-il en esprit‖ râlé son agonie ?» Qui donc fustigeait-on‖ dans ce pâle captif ?» Sous moins d’outrage, et sans‖ la pourpre d’ironie,» Mon roi n’eût point conquis‖ son prestige plaintif !

» Depuis vingt siècles pleins,‖ lugubre privilège !» Je sacre dans sa chair‖ l’Homme qu’on tourmenta,» Et j’entends retentir‖ sous le choc sacrilège,» Contre ses os broyés‖ les clous du Golgotha ! »

— Quelqu’un se lève alors‖ des profondeurs de l’être,Qui sourit tristement‖ des beaux noms prononcés.Leur sens porte si loin‖ ses mots aigus de Maître,Qu’on cherche le carquois‖ des traits qu’il a lancés.

« Je ne sais rien des dieux :‖ les blocs de leur grande Ombre» Un mage au plein soleil‖ les pousse tour à tour,» Comme l’enfant naïf‖ qui voulait scruter l’ombre,» N’en retrouve aux clartés‖ que du jour dans le jour !

» J’ignore tout des dieux,‖ mais connais trop du monde» Pour remettre à la foi‖ le soin de l’ébaucher !» Le temple qu’il n’est plus,‖ la science le fonde,» Et l’univers du prêtre‖ est ma cible d’archer !… »

— Il parle et le voici‖ dans les feux de son glaive,Ou tendant comme un arc‖ toute réalité…Il lance au firmament‖ contre le plus beau rêveL’âpre flèche, et jamais‖ flèche n’a mieux porté !

Il perce d’un trait sûr,‖ sous la Terre farouche,Les éléphants pensifs‖ du rêve oriental,Ou du vent furieux‖ qui souffle de sa boucheÉbranle sous le ciel‖ ses piliers de cristal.

Grâce ! sous l’être impie‖ un sol noir se dérobe…A qui rien n’est sacré‖ d’où viendra le salut ?Nous tombons lourdement‖ de la chute du globe,Tout chancelle, et la proie‖ au loin flaire l’affût !…

… Mais l’archer souriant‖ s’ingénie à sourire…L’effroi qui nous maîtrise‖ est sans force sur lui !— « Vois ! le vide t’épargne,‖ il est vain de maudire…» Ta chute infatigable‖ est ton meilleur appui ! »

Et je comprends soudain‖ la leçon du génie…Rien n’est vraiment le mal‖ qu’en restant l’incomprisLa certitude un jour,‖ même dans l’agonie,Réduira notre chair‖ au calme des Esprits !

Or, parmi les Esprits,‖ nul n’éclate en merveillesComme ces Êtres purs,‖ au fond des cœurs séduits,Vous toutes, déités‖ qui naissez de nos veilles,Vous toutes, déités‖ qui naissez de nos nuits !

L’impie à son insu‖ recèle votre flammeChaque fois qu’un grand rêve‖ étoile son œil fier…D’un idéal mortel‖ nous composons votre âme.Et vous mourrez demain,‖ ô vous, nos filles d’hier.

Eh bien, morts ou vivants,‖ vous n’avez plus d’athées,Eh bien, soyez nos dieux,‖ Passants intérieursFendant les paradis‖ de vos ailes bleutées,Sous le respect sceptique‖ et les yeux épieurs !

Mais il est ici bas‖ plus d’une âme naïveQui définit les cieux‖ par un vol éternel,Ne voulant pas de dieux‖ à qui l’homme survive,Ni, par dessus l’esprit,‖ le règne du charnel !

!Ah ! s’il nous meurt jamais‖ ce simple entre nos frèresQui des seuls Immortels‖ attendait le vrai sceau,Penchons sur lui, penchons,‖ sans les dire éphémères,Ceux dont l’homme est la tombe‖ autant que le berceau…

Ils serviront la race‖ où leur sort est d’éclore,Et viendront de leurs doigts‖ fermer les humbles yeux,Au faible qui sait mal‖ s’évanouir encore,Harmonieusement‖ de la mort de nos dieux !

Versification

Forme
87 quatrains (quatrains)
Rimes
87(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Strophes
87 quatrains
Mots à la rime
a l’être / naître féminine, classiqueb mieux / dieux masculine, classiquea mâle / pâle féminine, classiqueb corps / transports masculine, classiquea force / écorce féminine, classiqueb sommeil / soleil masculine, classiquea mortelle / elle féminine, classiqueb entrevoir / déchoir masculine, classiquea périssable / sable féminine, classiqueb été / éternité masculine, classiquea mystères / artères féminine, classiqueb fleurit / l’esprit masculine, classiquea épreuve / neuve féminine, classiqueb pouvoir / noir masculine, classiquea rive / dérive féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb divinité / égoutté masculine, classiquea vaine / hautaine féminine, classiqueb conçus / déçus masculine, classiquea chute / lutte féminine, classiqueb déshérité / limité masculine, classiquea borne / licorne féminine, classiqueb moitié / trépied masculine, non classiquea Matière / altière féminine, classiqueb l’imposteur / dompteur masculine, classiquea pénètre / maître féminine, classiqueb milieu / dieu masculine, classiquea récolte / révolte féminine, classiqueb majesté / respecté masculine, classiquea plénière / lanière féminine, classiqueb ennemis / l’insoumis masculine, classiquea peine / haine féminine, classiqueb trahir / t’obéir masculine, classiquea apôtres / autres féminine, classiqueb soleil / pareil masculine, classiquea n’abdique / mystique féminine, classiqueb fleur / cœur masculine, classiquea essence / naissance féminine, classiqueb devenir / mourir masculine, classiquea extase / vase féminine, classiqueb accueil / d’orgueil masculine, classiquea miracle / oracle féminine, classiqueb d’univers / verts masculine, classiquea limites / rites féminine, classiqueb Jour / l’amour masculine, classiquea caprice / négatrice féminine, classiqueb loi / toi masculine, classiquea fondue / étendue féminine, classiqueb essayons / rayons masculine, classiquea abîmes / intimes féminine, classiqueb créant / néant masculine, classiquea t’habite / orbite féminine, classiqueb déclin / divin masculine, classiquea sagesses / largesses féminine, classiqueb savoir / prévoir masculine, classiquea heure / leurre féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquea rassure / blessure féminine, classiqueb préjugé / imagé masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb soumets / jamais masculine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb éclair / fer masculine, classiquea rire / proscrire féminine, classiqueb aveux / cheveux masculine, classiquea apparence / intelligence féminine, classiqueb eaux / réseaux masculine, classiquea abîmes / sublimes féminine, classiqueb t’anéantir / mentir masculine, classiquea souffre / gouffre féminine, classiqueb réalité / précipité masculine, classiquea bataille / t’assaille féminine, classiqueb appui / lui masculine, classiquea certitude / l’étude féminine, classiqueb blasphémé / aimé masculine, classiquea l’Unique / tunique féminine, classiqueb alliés / multipliés masculine, classiquea intervalles / rivales féminine, classiqueb trahir / d’obéir masculine, classiquea poudre / foudre féminine, classiqueb d’Immortels / autels masculine, classiquea l’épreuve / fleuve féminine, classiqueb l’épieu / Dieu masculine, classiquea louanges / anges féminine, classiqueb Seul / linceul masculine, classiquea imposture / nature féminine, classiqueb encensés / condensés masculine, classiquea Mages / âges féminine, classiqueb rêva / Jéhovah masculine, non classiquea Bible / terrible féminine, classiqueb secrets / rets masculine, classiquea promise / surprise féminine, classiqueb ignoré / sacré masculine, classiquea passagère / étrangère féminine, classiqueb Israël / cruel masculine, classiquea tanière / crinière féminine, classiqueb cerveau / nouveau masculine, classiquea encore / s’implore féminine, classiqueb pur / futur masculine, classiquea face / l’espace féminine, classiqueb révolus / plus masculine, classiquea romaine / humaine féminine, classiqueb désaveu / feu masculine, classiquea l’invisible / cible féminine, classiqueb agrandi / brandi masculine, classiquea prunelles / charnelles féminine, classiqueb chercher / toucher masculine, classiquea âmes / flammes féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquea bouddhiste / persiste féminine, classiqueb Loumbini / l’Infini masculine, classiquea indoue / désavoue féminine, classiqueb roi / foi masculine, classiqueb tout / debout masculine, classiquea vagabonde / monde féminine, classiqueb horizons / oraisons masculine, classiquea femme / Sésame féminine, classiqueb idéal / royal masculine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb hasard / regard masculine, classiquea pensée / lancée féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea sagesse / caresse féminine, classiqueb commun / parfum masculine, classiquea t’évertues / statues féminine, classiqueb d’onction / adoration masculine, classiquea louange / Gange féminine, classiqueb concerts / ouverts masculine, classiquea Cadavre / navre féminine, classiquea l’homme / l’arome féminine, classiquea profanes / lianes féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquea exaucée / pensée féminine, classiqueb tel / mortel masculine, classiquea claies / plaies féminine, classiqueb baiser / s’immortaliser masculine, classiquea tombe / succombe féminine, classiqueb majesté / l’éternité masculine, classiquea agonie / d’ironie féminine, classiqueb captif / plaintif masculine, classiquea privilège / sacrilège féminine, classiqueb tourmenta / Golgotha masculine, classiquea l’être / Maître féminine, classiqueb prononcés / lancés masculine, classiquea Ombre / l’ombre féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea monde / fonde féminine, classiqueb l’ébaucher / d’archer masculine, classiquea glaive / rêve féminine, classiqueb réalité / porté masculine, classiqueb oriental / cristal masculine, classiquea dérobe / globe féminine, classiqueb salut / l’affût masculine, classiquea sourire / maudire féminine, classiqueb lui / appui masculine, classiquea génie / l’agonie féminine, classiqueb l’incompris / Esprits masculine, classiquea merveilles / veilles féminine, classiqueb séduits / nuits masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb fier / d’hier masculine, classiquea d’athées / bleutées féminine, classiqueb intérieurs / épieurs masculine, classiquea naïve / survive féminine, classiqueb éternel / charnel masculine, classiquea frères / éphémères féminine, classiqueb sceau / berceau masculine, classiquea d’éclore / encore féminine, classiqueb yeux / dieux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

348 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Initiation douloureuse — 1er cahier, Paris — Bruxelles, Éditions Gauloises, 1924· numérisation gallica.bnf.fr· Sources