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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Châtiments, 1853· Livre premier La société est sauvée

V. Cette nuit-là

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 54 vers

Trois amis l'entouraient.‖ C'était à l'Élysée,On voyait du dehors‖ luire cette croisée.Regardant venir l'heure‖ et l'aiguille marcher,Il était là, pensif ;‖ et, rêvant d'attacherLe nom de Bonaparte‖ aux exploits de Cartouche,Il sentait approcher‖ son guet-apens farouche.D'un pied distrait dans l'âtre‖ il poussait le tison,Et voici ce que dit‖ l'homme de trahison :— « Cette nuit vont surgir‖ mes projets invisibles.Les Saint-Barthélemy‖ sont encore possibles.Paris dort comme aux temps‖ de Charles de Valois ;Vous allez dans un sac‖ mettre toutes les lois,Et par-dessus le pont‖ les jeter dans la Seine. »Ô ruffians ! bâtards‖ de la fortune obscène,Nés du honteux coït‖ de l'intrigue et du sort !Rien qu'en songeant à vous,‖ mon vers indigné sortEt mon cœur orageux‖ dans ma poitrine grondeComme le chêne au vent‖ dans la forêt profonde !

Comme ils sortaient tous trois‖ de la maison Bancal,Morny, Maupas le Grec,‖ Saint-Arnaud le chacal,Voyant passer ce groupe‖ oblique et taciturne,Les clochers de Paris,‖ sonnant l'heure nocturne,S'efforçaient vainement‖ d'imiter le tocsin ;Les pavés de Juillet‖ criaient à l'assassin !Tous les spectres sanglants‖ des antiques carnages,Réveillés, se montraient‖ du doigt ces personnages ;La Marseillaise, archange‖ aux chants aériens,Murmurait dans les cieux :‖ Aux armes, citoyens !Paris dormait, hélas !‖ et bientôt, sur les places,Sur les quais, les soldats,‖ dociles populaces,Janissaires conduits‖ par Reybell et Sauboul,Payés comme à Byzance,‖ ivres comme à Stamboul,Ceux de Dulac, et ceux‖ de Korte et d'Espinasse,La cartouchière au flanc‖ et dans l'œil la menace,Vinrent, le régiment‖ après le régiment,Et le long des maisons‖ ils passaient lentement,À pas sourds, comme on voit‖ les tigres dans les jonglesQui rampent sur le ventre‖ en allongeant leurs ongles ;Et la nuit était morne,‖ et Paris sommeillaitComme un aigle endormi‖ pris sous un noir filet.

Les chefs attendaient l'aube‖ en fumant leurs cigares.

Ô Cosaques ! voleurs !‖ chauffeurs ! routiers ! Bulgares !Ô généraux brigands !‖ bagne, je te les rends !Les juges d'autrefois‖ pour des crimes moins grandsOnt brûlé la Voisin‖ et roué vif Desrues !

Éclairant leur affiche‖ infâme au coin des ruesEt le lâche armement‖ de ces filous hardis,Le jour parut. La nuit,‖ complice des bandits,Prit la fuite, et traînant‖ à la hâte ses voiles,Dans les plis de sa robe‖ emporta les étoiles,Et les mille soleils‖ dans l'ombre étincelant,Comme les sequins d'or‖ qu'emporte en s'en allantUne fille, aux baisers‖ du crime habituée,Qui se rhabille après‖ s'être prostituée !

Bruxelles. Janvier 1852.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a l'Élysée / croisée féminine, classiqueb marcher / d'attacher masculine, classiquec Cartouche / farouche féminine, classiqued tison / trahison masculine, classiquee invisibles / possibles féminine, classiquef Valois / lois masculine, classiqueg Seine / obscène féminine, classiqueh sort masculine, classiquei gronde / profonde féminine, classiquea Bancal / chacal masculine, classiqueb taciturne / nocturne féminine, classiquec tocsin / l'assassin masculine, classiqued carnages / personnages féminine, classiquee aériens / citoyens masculine, classiquef places / populaces féminine, classiqueg Sauboul / Stamboul masculine, classiqueh d'Espinasse / menace féminine, classiquei régiment / lentement masculine, classiquej jongles / ongles féminine, classiquek sommeillait / filet masculine, classiquea cigares / Bulgares féminine, classiqueb rends / grands masculine, classiquec Desrues / rues féminine, classiqueb hardis / bandits masculine, classiquec voiles / étoiles féminine, classiqued étincelant / allant masculine, classiquee habituée / prostituée féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources