Châtiments, 1853· Livre Iii La famille est restaurée
XII. « Ô Robert, un conseil. Ayez l'air moins candide »
Ô Robert, un conseil.‖ Ayez l'air moins candide.Soyons homme d'esprit.‖ Le moment est splendide,Je le sais ; le quart d'heure‖ est chatoyant, c'est vrai ;Cette Californie‖ est riche en minerai,D'accord ; mais cependant‖ quand un préfet, un maire,Un évêque adorant‖ le fils de votre mère,Quand un Suin, un Parieu,‖ payé pour sa ferveur,Vous parlant en plein nez,‖ vous appelle sauveur,Vous promet l'avenir ?‖ atteste Fould et Magne,Et vous fait coudoyer‖ César et Charlemagne,Mon cher, vous accueillez‖ ces propos obligeantsD'un air de bonne foi‖ qui prête à rire aux gens.Vous avez l'œil béat‖ d'un bailli de province.Par ces simplicités‖ vous affligez, ô prince,Napoléon, votre oncle,‖ et, moi, votre parrain.Ne soyons pas Jocrisse‖ ayant été Mandrin.On vole un trône, on prend‖ un peuple en une attrape,Mais il est de bon goût‖ d'en rire un peu sous capeEt de cligner de l'œil‖ du côté des malins.Être sa propre dupe !‖ ah ! fi donc ! verres pleins,Poche pleine, et rions !‖ la France rampe et s'offre ;Soyons un sage à qui‖ Jupiter livre un coffre ;Dépêchons-nous, pillons,‖ régnons vite. — Mais quoi !Le pape nous bénit ;‖ tzar, sultan, duc et roiSont nos cousins ; fonder‖ un empire, est facile ;Il est doux d'être chef‖ d'une race ! — Imbécile !Te figures-tu donc‖ que ceci durera ?Prends-tu pour du granit‖ ce décor d'opéra ?Paris dompté ! par toi !‖ dans quelle apocalypseLit-on que le géant‖ devant le nain s'éclipse ?Crois-tu donc qu'on va voir,‖ gaiement, l'œil impudent,Ta fortune cynique‖ écraser sous sa dentLa Révolution‖ que nos pères ont faite,Ainsi qu'une guenon‖ qui croque une noisette !Ôte-toi de l'esprit‖ ce rêve enchanteur. CroisÀ Rose Tamisier‖ faisant saigner la croix,À l'âme de Baroche‖ entrouvrant sa corolle,Crois à l'honnêteté‖ de Deutz, à ta parole,C'est bien ; mais ne crois pas‖ à ton succès ; il ment.Rose Tamisier, Deutz,‖ Baroche, ton serment,C'est de l'or, j'en conviens ;‖ ton sceptre est de l'argile.Dieu, qui t'a mis au coche,‖ écrit sur toi : fragile.
Jersey. Mai 1853.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a candide / splendide féminine, classiqueb vrai / minerai masculine, classiquec maire / mère féminine, classiqued ferveur / sauveur masculine, classiquee Magne / Charlemagne féminine, classiquef obligeants / gens masculine, classiqueg province / prince féminine, classiqueh parrain / Mandrin masculine, classiquei attrape / cape féminine, classiquej malins / pleins masculine, classiquek s'offre / coffre féminine, classiquel quoi / roi masculine, classiquem facile / Imbécile féminine, classiquen durera / d'opéra masculine, classiqueo apocalypse / s'éclipse féminine, classiquep impudent / dent masculine, classiqueq faite / noisette féminine, classiquer Crois / croix masculine, classiques corolle / parole féminine, classiquet ment / serment masculine, classiqueu l'argile / fragile féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources