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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Châtiments, 1853· Livre IV La religion est glorifiée

I. Sacre Esto

Victor Hugo· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Non, Liberté ! non, Peuple,‖ il ne faut pas qu'il meure !Oh ! certes, ce serait‖ trop simple, en vérité,Qu'après avoir brisé‖ les lois, et sonné l'heureOù la sainte pudeur‖ au ciel a remonté ;

Qu'après avoir gagné‖ sa sanglante gageure,Et vaincu par l'embûche‖ et le glaive et le feu ;Qu'après son guet-apens,‖ ses meurtres, son parjure,Son faux serment, soufflet‖ sur la face de Dieu ;

Qu'après avoir traîné‖ la France, au cœur frappée,Et par les pieds liée,‖ à son immonde char,Cet infâme en fût quitte‖ avec un coup d'épéeAu cou comme Pompée,‖ au flanc comme César !

Non ! il est l'assassin‖ qui rôde dans les plaines ;Il a tué, sabré,‖ mitraillé sans remords,Il fit la maison vide,‖ il fit les tombes pleines,Il marche, il va, suivi‖ par l'œil fixe des morts ;

À cause de cet homme,‖ empereur éphémère,Le fils n'a plus de père‖ et l'enfant plus d'espoir,La veuve à genoux pleure‖ et sanglote, et la mèreN'est plus qu'un spectre assis‖ sous un long voile noir ;

Pour filer ses habits‖ royaux, sur les navettesOn met du fil trempé‖ dans le sang qui coula ;Le boulevard Montmartre‖ a fourni ses cuvettes,Et l'on teint son manteau‖ dans cette pourpre-là ;

Il vous jette à Cayenne,‖ à l'Afrique, aux sentines,Martyrs, héros d'hier‖ et forçats d'aujourd'hui !Le couteau ruisselant‖ des rouges guillotinesLaisse tomber le sang‖ goutte à goutte sur lui ;

Lorsque la trahison,‖ sa complice livide,Vient et frappe à sa porte,‖ il fait signe d'ouvrir ;Il est le fratricide !‖ Il est le parricide !Peuples, c'est pour cela‖ qu'il ne doit pas mourir !

Gardons l'homme vivant.‖ Oh ! châtiment superbe !Oh ! S'il pouvait un jour‖ passer par le chemin,Nu, courbé, frissonnant,‖ comme au vent tremble l'herbe,Sous l'exécration‖ de tout le genre humain !

Étreint par son passé‖ tout rempli de ses crimes,Comme par un carcan‖ tout hérissé de clous,Cherchant les lieux profonds,‖ les forêts, les abîmes,Pâle, horrible, effaré,‖ reconnu par les loups ;

Dans quelque bagne vil‖ n'entendant que sa chaîne,Seul, toujours seul, parlant‖ en vain aux rochers sourds,Voyant autour de lui‖ le silence et la haine,Des hommes nulle part‖ et des spectres toujours ;

Vieillissant, rejeté‖ par la mort comme indigne,Tremblant sous la nuit noire,‖ affreux sous le ciel bleu…Peuples, écartez-vous !‖ cet homme porte un signe :Laissez passer Caïn !‖ Il appartient à Dieu.

Jersey. Octobre 1852.

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a meure / l'heure féminine, classiqueb vérité / remonté masculine, classiquea gageure / parjure féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea frappée / d'épée féminine, classiqueb char / César masculine, classiquea plaines / pleines féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquea éphémère / mère féminine, classiqueb d'espoir / noir masculine, classiquea navettes / cuvettes féminine, classiqueb coula / pourpre-là masculine, classiquea sentines / guillotines féminine, classiqueb d'aujourd'hui / lui masculine, classiquea livide / parricide féminine, classiqueb d'ouvrir / mourir masculine, classiquea superbe / l'herbe féminine, classiqueb chemin / humain masculine, classiquea crimes / abîmes féminine, classiqueb clous / loups masculine, classiquea chaîne / haine féminine, classiqueb sourds / toujours masculine, classiquea indigne / signe féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, La Pléiade — Éditions Gallimard, 1967· numérisation poesies.net· Sources