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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dernière gerbe, 1902

CXVI. « Hé, prends ton microscope, imbécile ! et frémis »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 70 vers

........................................................................Hé, prends ton microscope,‖ imbécile ! et frémis.

Tout est le même abîme‖ avec les mêmes ondes.L’infiniment petit contient les mêmes mondesQue l’infiniment grand. Que vas-tu contemplerLe ciel noir quand il plaît‖ aux nuits de l'étoiler,Le groupe constellé,‖ le globe, la planète,Orion ; Sirius‖ que grossit ta lunette ;L'anneau de celui-là,‖ les lunes de ceux-ci ?La fourmi sous sa patte‖ a des sphères aussi ;L'intervalle que font‖ les ailes d'une moucheContient tout un azur‖ où se lève et se coucheUn soleil invisible,‖ éblouissant au loin —De profonds univers‖ qui n'ont pas de témoin :Montez ou descendez ;‖ tout s'ouvre sans rien clore ;On trouve au fond d'un puits‖ un autre puits encore ;La limite n'est pas‖ dans la nature ; elle estDans l'instrument grossier,‖ dans l'organe incomplet ;Votre prunelle est moins‖ un moyen qu'un obstacle ;Tu n'as qu'à grandir l'œil‖ pour grandir le spectacle ;Le petit, c'est l'immense.‖ En ta main, ô passant,Prends la mer bleue ainsi‖ qu'un verre grossissant,Et, courbé sur la vie,‖ abîme dont la lampeEst un soleil qui brille‖ ou bien un ver qui rampe,A travers l'océan‖ regarde un puceron ;Tu pâliras ainsi‖ qu'Amos, Élie, Aaron,Devant les visions‖ de l'incompréhensible,Et tu ne sauras pas‖ si cet être impossible,Formidable, aperçu‖ par toi confusément,N'est pas le chaos même,‖ horrible, en mouvementDans l'éther qu'il obstrue‖ avec sa forme immonde,Et si tu vois un monstre‖ ou si tu vois un monde !

Oui, l'aube le matin‖ emplit ton corridorDes constellations‖ de la poussière d'or ;La toile d'araignée‖ en ses mailles nocturnesA des gouffres où vont‖ et viennent des Saturnes ;Une création‖ passe entre chaque fil ;Tout homme, le dernier,‖ le moindre, le plus vil,L'esclave, le forçat‖ de Brest, le juif qui rogneUn liard, le voleur‖ de grand chemin, l'ivrogne,Le grec qui triche au jeu‖ dans un bouge aux eaux d'Aix,Broie un astre en fermant‖ son pouce et son index.

Il ne faut pas que l'âme‖ humaine s'assoupisseAu bord de l'atome, ombre,‖ abîme, précipice ;Homme, il n'est pas d'esprit‖ qui, s'il se penche un peuEn bas, sur le petit,‖ l'autre côté de Dieu,Ne frissonne devant‖ l'élargissement sombreDu néant, du caché,‖ de l'espace, du nombre !Il suffit que, demain,‖ un ouvrier savant,Inventant un cristal‖ plus clair et plus vivant,Pose sur l'inconnu‖ des lentilles puissantes,Pour que, si ton regard‖ s'en approche, tu sentesLe vertige du trou‖ d'une aiguille, et la peurDe tomber dans ton souffle,‖ effrayante vapeur !Le point n'a pas de fond.‖ Homme, l'inaccessibleEst dans le grain de sable,‖ à jamais divisible ;L'imperceptible est fait‖ de la même grandeurQue les cieux qui n'ont pas‖ encore eu de sondeur.Un pou de l’infini contient en lui la somme ;Tu serais Dieu le jour‖ où tu pourrais, toi l'homme,Voir le commencement‖ et la fin d'un ciron.

Pendant qu'un maringouin‖ sonne de son clairon,Homme, des millions‖ de mondes peuvent naîtreEt mourir ; à l'instant‖ où je parle peut-être,Des peuples ignorés,‖ vague fourmillementQu'un infusoire couvre‖ ainsi qu'un firmament,Regardent s'étoiler‖ le ventre d'un volvoce ;Sourds, obscurs, adorant‖ quelque idole féroce,Noirs, enfouis dans l'être,‖ ensevelis dessous,Invisibles, perdus ;‖ et peut-être est-ce vous !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
34((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a ondes / mondes féminine, classiqueb contempler / l'étoiler masculine, classiquec planète / lunette féminine, classiqued ceux-ci / aussi masculine, classiquee mouche / couche féminine, classiquef loin / témoin masculine, classiqueg clore / encore féminine, classiqueh est / incomplet masculine, classiquei obstacle / spectacle féminine, classiquej passant / grossissant masculine, classiquek lampe / rampe féminine, classiquel puceron / Aaron masculine, classiquem l'incompréhensible / impossible féminine, classiquen confusément / mouvement masculine, classiqueo immonde / monde féminine, classiquea corridor / d'or masculine, classiqueb nocturnes / Saturnes féminine, classiquec fil / vil masculine, classiqued rogne / l'ivrogne féminine, classiquee d'Aix / index masculine, classiquea s'assoupisse / précipice féminine, classiqueb peu / Dieu masculine, classiquec sombre / nombre féminine, classiqued savant / vivant masculine, classiquee puissantes / sentes féminine, classiquef peur / vapeur masculine, classiqueg l'inaccessible / divisible féminine, classiqueh grandeur / sondeur masculine, classiquei somme / l'homme féminine, classiquej ciron / clairon masculine, classiqueb naître / peut-être féminine, classiquec fourmillement / firmament masculine, classiqued volvoce / féroce féminine, classiquee dessous / vous masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources