Dernière gerbe, 1902
XCI. « Je voudrais qu'on trouvât tout simple qu'un rêveur »
Je voudrais qu'on trouvât‖ tout simple qu'un rêveur,Las des faux biens, qui n'ont‖ qu'une ingrate saveur,Cherche l'ombre et devienne‖ une face tournéeVers l'inconnu dont est‖ pleine la destinée.Je ne m'explique point‖ qu'on ne comprenne pasQu'un homme, après avoir‖ pris ses quatre repas,Bu, mangé, dormi, dit‖ des choses inutiles,Goûté dans vingt journaux‖ à tous les mauvais styles,Et refait tous les riens‖ que les gens graves font,N'est point pour cela quitte‖ avec le ciel profond.Souvent, j'ai dit, pensif,‖ les coudes sur ma table,Qu'une chose appelée‖ honneur est véritable,Que l'âme est, et qu'il faut‖ sur terre avant tout voirNon le bonheur, ô noirs‖ vivants, mais le devoir.Et puisque vous parlez‖ de rêveurs, sachez, hommes,Qu'entre la libre Sparte‖ et les lâches Sodomes,Nous laissant le choix, calme,‖ invisible, écoutant,Dans l'abîme un songeur‖ immense nous attend.A l'homme la souffrance,‖ à lui la patience.J'affirme qu'une haute‖ et juste conscienceMet tout en mouvement‖ dans ces grands flots du sortDont nous sommes battus‖ quand notre barque sort.Sans cette probité‖ suprême qui gouverne,Le monde ne serait‖ qu'une affreuse caverneD'ombre, de vents, d'écueils,‖ de démence et de bruit,Et nous devons tâcher‖ d'élever, dans la nuit,L'âme humaine au niveau‖ de cette âme divine.Lier ce qu'on démontre‖ avec ce qu'on devine,Chercher l'aube à travers‖ les mornes épaisseurs,Telle est la fonction‖ sévère des penseurs.Au-dessous d'eux les noirs‖ événements se brisent.Et quant à ce que font,‖ et quant à ce que disentTous ceux qui de régner‖ commettent l'attentat,Rois, empereurs, valets‖ de la raison d'état,Chefs d’armée ou de peuple, imans, vizirs, ministres,Princes, tas monstrueux de tout-puissants sinistres,Considérant les cœurs,‖ les haines, les effrois,Les faits, chaos farouche et plein d’obscures lois,Et le flux et reflux‖ formidable où nous sommes,J'estime que l'effort‖ énorme de ces hommesLaisse à peu près la trace,‖ en nos destins amers,Que laisse un cri d'oiseau‖ dans la rumeur des mers.
3 septembre 1872
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a rêveur / saveur masculine, classiqueb tournée / destinée féminine, classiquec pas / repas masculine, classiqued inutiles / styles féminine, classiquee font / profond masculine, classiquef table / véritable féminine, classiqueg voir / devoir masculine, classiqueh hommes / Sodomes féminine, classiquei écoutant / attend masculine, classiquej patience / conscience féminine, classiquek sort masculine, classiquel gouverne / caverne féminine, classiquem bruit / nuit masculine, classiquen divine / devine féminine, classiqueo épaisseurs / penseurs masculine, classiquep brisent / disent féminine, classiqueq l'attentat / d'état masculine, classiquer ministres / sinistres féminine, classiques effrois / lois masculine, classiquet sommes / hommes féminine, classiqueu amers / mers masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources