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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dernière gerbe, 1902

CIII. « Le sort s'est acharné sur cette créature »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 58 vers

Le sort s'est acharné‖ sur cette créature.C'était peu que cet être‖ eût la prunelle obscure,L'œil éteint, le front bas,‖ le cri rauque, et des nœudsD'opprobre et de misère‖ à ses genoux cagneux ;Qu'il fût difforme, abject,‖ vil ; il fallait encoreQue, battu, fouetté, maigre,‖ et marchant dès l'auroreSous un fardeau trop lourd‖ pour sa force, il courbâtSon échine saignante‖ aux boucles de son bât.Et cependant l'ortie,‖ à ses pieds, sur la route,Liée au sol tandis‖ qu'il va, vient, passe et broute,Muette, ne pouvant‖ fuir ni changer de lieu,Tremblante sous la dent‖ de l'âne, le croit dieu.Et plus bas, car la brume‖ a la nuit pour voisine,Seul dans la terre aveugle‖ et noire, sans racine,Sans germe, sans lien‖ avec quoi que ce soit,Le caillou, sourd, stérile,‖ informe, inerte, froid,Sent au-dessus de lui‖ la plante frémir, vivre,Fleurir dans la clarté‖ dont l'infini s'enivre,Et croître, et s'abreuver‖ au souffle universel,Et, dur, triste, envieux,‖ dit : L'ortie est au ciel !

Descends ; tu trouveras‖ des jaloux de la pierre.Les zones sont sans fin‖ dans cette fondrière !Monte ; monte aussi haut‖ que peut s'élever l'œil ;Où l'azur t'apparaît,‖ tu trouveras le deuil.

Vois : ce génie ayant‖ pour épouse la grâce,Cet être à qui la femme‖ en souriant s'enlace,Cet élu de la force‖ et de la majesté,Par l'aigle et le lion‖ à peine contesté,Ce front craint des serpents‖ qui rampent sur leurs ventres,Cet éblouissement‖ des bêtes dans les antres,Ce souverain de l'eau,‖ de la terre et du feu,Grand, fier, obéissant‖ pourtant à son milieu,Pris par la pesanteur,‖ loi de sa sphère, et chaîneDe son globe qui passe‖ avec un bruit de haine,L'homme, avec ses besoins‖ de la chair et des sens,Avec ses appétits‖ du fumier renaissants,De la honte secrète‖ incurable piqûre,Rappel perpétuel‖ à la bassesse obscure,Avec son sang fatal,‖ âcre et noir, dont ses mœurs,Ses croyances, ses dieux,‖ ses lois sont les tumeurs,Avec le doute affreux‖ que son regard reflète,Et ses fièvres, ses maux,‖ ses pleurs, et son squelette,Spectre qui vaguement‖ se dessine à son flanc,Et son vil alambic‖ d'entrailles, distillantLe cloaque, et, hideux,‖ souillant même la fange,L'homme, roi pour la brute,‖ est un forçat pour l'ange.

De là toutes vos soifs‖ d'idéal et de beau,Et l’aspiration des justes au tombeau.

Et l'ange, ce gardien‖ des races planétaires,Lumineux visiteur‖ de lunes et de terres ;Comme vous d'une terre,‖ habitant d'un soleil,Ayant pour vol l'éclair‖ de son rayon vermeil,Pour domaine l'azur‖ qu'il échauffe, et pour borneLe point où ce rayon‖ s'éteint dans l'éther morne,L'ange, errant dans vos cieux‖ comme dans une mer,Est lui-même la nuit,‖ l'inférieur, l'enfer,Pour l'immense archange ivre‖ et ruisselant d'aurore,Espèce d'aigle monde‖ et d'oiseau météore !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
29((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
4 distiquess, 1 distique
Mots à la rime
a créature / obscure féminine, classiqueb nœuds / cagneux masculine, classiquec encore / l'aurore féminine, classiqued courbât / bât masculine, classiquee route / broute féminine, classiquef lieu / dieu masculine, classiqueg voisine / racine féminine, classiqueh soit / froid masculine, classiquei vivre / s'enivre féminine, classiquej universel / ciel masculine, classiquea pierre / fondrière féminine, classiqueb l'œil / deuil masculine, classiquea grâce / s'enlace féminine, classiqueb majesté / contesté masculine, classiquec ventres / antres féminine, classiqued feu / milieu masculine, classiquee chaîne / haine féminine, classiquef sens / renaissants masculine, classiqueg piqûre / obscure féminine, classiqueh mœurs / tumeurs masculine, classiquei reflète / squelette féminine, classiquej flanc / distillant masculine, classiquek fange / l'ange féminine, classiquea beau / tombeau masculine, classiquea planétaires / terres féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquec borne / morne féminine, classiqued mer / l'enfer masculine, classiquee d'aurore / météore féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources