Dernière gerbe, 1902
LXXIII. « Quand je veux savoir vos douleurs secrètes »
Quand je veux savoir‖ vos douleurs secrètes,Vous dites, ô belle‖ aux yeux adorés :— « Je ne puis sortir‖ des lieux où vous êtes ;Vous êtes mon maître !‖ » — Et puis vous pleurez.
Et vous reprenez :‖ « Quoi ! sans récompenseMes jours près de vous‖ s'usent à souffrir !Je veux vous quitter,‖ mais, lorsque j'y pense,Je ne sais pourquoi‖ je me sens mourir ! » —
Le même esclavage,‖ ô belle, est le nôtre ;De vous jusqu'à moi‖ la chaîne revient ;Nous ne sommes pas‖ libres l'un ni l'autre ;Je vous tiens, madame, et le sort me tient.
Vous êtes à bord, et je suis la barque :Oui, comprends-moi bien,‖ mes discours sont vrais,Cet homme qui t'aime,‖ esclave et monarque,Est un dur navire‖ aux sombres agrès.
Il emporte au loin‖ votre cœur, votre âme ;Il est emporté par le gouffre amer !Vous ne pouvez pas‖ en sortir, madame,Et lui ne peut pas sortir de la mer.
Il subit l'autan,‖ le nord, l'hiver, l'onde ;Souvent sur l'écueil‖ on le croit perduL'eau s'en joue, et quand‖ la tempête gronde,Dans l’orage noir il passe éperdu !
Il lutte ; les vents n’épargnent personne.En se rappelant‖ maint naufrage ancien,Sur les vastes mers il flotte, il frissonne.Il est votre maître et n’est : pas le sien.
11 novembre 1847
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abab)
- Mètre
- Décasyllabes· profil 5+5
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a secrètes / êtes féminine, classiqueb adorés / pleurez masculine, classiquea récompense / pense féminine, classiqueb souffrir / mourir masculine, classiquea nôtre / l'autre féminine, classiqueb revient / tient masculine, classiquea barque / monarque féminine, classiqueb vrais / agrès masculine, classiquea âme / madame féminine, classiqueb amer / mer masculine, classiquea l'onde / gronde féminine, classiqueb perdu / éperdu masculine, classiquea personne / frissonne féminine, classiqueb ancien / sien masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources