Dernière gerbe, 1902
CXVIII. Réponse à l’objection : mal
........................................................................— Ah ! puisque c'est ainsi,‖ je ne veux pas de Dieu !Je ne veux pas de Dieu !‖ — Voilà ton cri morose.Ayant trouvé le mal‖ au bout de toute chose,Ayant, trouvé le fond‖ amer, l'homme manquéPar l'incompréhensible‖ et fatal ananké,Tu dis : — Je hais le dieu,‖ si c'est cela le monde !Pour juger l’ouvrier, sur son œuvre on se fonde ;Or l'ouvrage est mauvais,‖ donc l'auteur est méchant,Et je hais ce Dieu ! — Puis,‖ un remords te touchant,Tu dis : — Mais j'ai peut-être‖ erré ; l'ombre est profonde ;Peut-être n'est-ce pas‖ dans Dieu que va ma sonde ;Peut-être, ô vain chercheur,‖ Dieu m'a-t-il échappé ;Si je m’étais trompé ? —
Tu ne t’es pas trompé.Ta sonde est bien tombée‖ à l'abîme suprême ;Oui, tu viens de jeter ton esprit dans Dieu même ;Oui, c'est ce précipice‖ énorme de rayons,C’est Dieu.
Jette une éponge à l’Océan, voyons ;Reprends-la. Qu'as-tu ? Rien.‖ Un verre d'eau salée.Quant à la mer, profonde‖ et terrible mêlée,Quant à l'immensité‖ des écumes, des bruits,Des flots, incessamment‖ détruits et reconstruits,Quant au chaos des chocs, des trombes, des tempêtes,Dont l'ouragan hagard‖ sonne les sombres fêtes,Plein de monstres sans nom‖ qui rôdent engloutis,Cachant des oasis‖ et des O-TaïtisOù des idylles vont‖ et viennent toutes nues ;Quant à cette tourmente‖ insondable de nues,D'ondes, d'écueils, d'azur‖ flottant, d'azur qui luit ;Quant à ce gouffre où naît‖ le matin, où la nuitTrempe sa robe d'ombre‖ et son manteau d'étoiles ;Quant à ce rendez-vous‖ des souffles et des voiles ;Quant à cet infini,‖ noir, fauve, éblouissant,Crois-tu que tu le tiens‖ dans ta main ? A présentS'il te plaît de porter‖ à ta bouche ce verre,S'il te plaît de tremper‖ ta lèvre à l'eau sévère,Et si ton estomac frémit en la buvant,Si ton viscère abject‖ se soulève, trouvantUne saveur amère‖ à la chose sublime,Est-ce que tu diras‖ qu'ayant goûté l'abîme ;Tu viens, toi qui ne vis‖ que si bas et si peu,De revomir la mer‖ et de recracher Dieu ?
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a morose / chose féminine, classiqueb manqué / ananké masculine, classiquec monde / fonde féminine, classiqued méchant / touchant masculine, classiquee profonde / sonde féminine, classiquef échappé / trompé masculine, classiqueb suprême / même féminine, classiquec rayons / Dieu / voyons masculine, classiqueb salée / mêlée féminine, classiquec bruits / reconstruits masculine, classiqued tempêtes / fêtes féminine, classiquee engloutis / O-Taïtis masculine, classiquef nues féminine, classiqueg luit / nuit masculine, classiqueh d'étoiles / voiles féminine, classiquei éblouissant / présent masculine, classiquej verre / sévère féminine, classiquek buvant / trouvant masculine, classiquel sublime / l'abîme féminine, classiquem peu / Dieu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins — Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources