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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’année terrible, 1872· Juin

XIV. A Vianden

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 44 vers

Il songe. Il s'est assis‖ rêveur sous un érable.Entend-il murmurer‖ la forêt vénérable ?Regarde-t-il les fleurs ?‖ regarde-t-il les cieux ?Il songe. La nature‖ au front mystérieuxFait tout ce qu'elle peut‖ pour apaiser les hommes ;Du coteau plein de vigne‖ au verger plein de pommesLes mouches viennent, vont,‖ reviennent ; les oiseauxJettent leur petite ombre‖ errante sur les eaux ;Le moulin prend la source‖ et l'arrête au passage ;L'étang est un miroir‖ où le frais paysageSe renverse et se change‖ en vague vision ;Tout dans la profondeur‖ fait une fonction ;Pas d'atome qui n'ait‖ sa tâche ; tout s'agite ;Le grain dans le sillon,‖ la bête dans son gîte,Ont un but ; la matière‖ obéit à l'aimant ;L'immense herbe infinie‖ est un fourmillement ;Partout le mouvement‖ sans relâche et sans trêve,Dans ce qui pousse, croît,‖ monte, descend, se lève,Dans le nid, dans le chien‖ harcelant les troupeaux,Dans l'astre ; et la surface‖ est le vaste repos ;En dessous tout s'efforce,‖ en dessus tout sommeille ;On dirait que l'obscure‖ immensité vermeilleQui balance la mer‖ pour bercer l'alcyon,Et que nous appelons‖ Vie et Création,Charmante, fait semblant‖ de dormir, et caresseL'universel travail‖ avec de la paresse.Quel éblouissement‖ pour l'œil contemplateur !De partout, du vallon,‖ du pré, de la hauteur,Du bois qui s'épaissit‖ et du ciel qui rougeoie,Sort cette ombre, la paix,‖ et ce rayon, la joie.Et maintenant, tandis‖ qu'à travers les ravins,Une petite fille‖ avec des yeux divinsEt de lestes pieds nus‖ dignes de Praxitèle,Chasse à coups de sarment‖ sa chèvre devant elle,Voici ce qui remue‖ en l'âme du banni :

— Hélas ! tout n'est pas dit‖ et tout n'est pas finiParce qu'on a creusé‖ dans la rue une fosse,Parce qu'un chef désigne‖ un mur où l'on adosseDe pauvres gens devant‖ les feux de pelotons,Parce qu'on exécute‖ au hasard, à tâtons,Sans choix, sous la mitraille‖ et sous la fusillade,Pères, mères, le fou,‖ le brigand, le malade,Et qu'on fait consumer‖ en hâte par la chauxDes corps d'hommes sanglants‖ et d'enfants encor chauds !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a érable / vénérable féminine, classiqueb cieux / mystérieux masculine, classiquec hommes / pommes féminine, classiqued oiseaux / eaux masculine, classiquee passage / paysage féminine, classiquef vision / fonction masculine, classiqueg s'agite / gîte féminine, classiqueh l'aimant / fourmillement masculine, classiquei trêve / lève féminine, classiquej troupeaux / repos masculine, classiquek sommeille / vermeille féminine, classiquel l'alcyon / Création masculine, classiquem caresse / paresse féminine, classiquen contemplateur / hauteur masculine, classiqueo rougeoie / joie féminine, classiquep ravins / divins masculine, classiqueq Praxitèle / elle féminine, classiquer banni / fini masculine, classiqueb fosse / adosse féminine, classiquec pelotons / tâtons masculine, classiqued fusillade / malade féminine, classiquee chaux / chauds masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources